28/06/2022

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Togo-Gouvernement : Retour en grâce des « bannis »

Le pouvoir a fait son marché à la bonne adresse : celle de ceux qui, tapis dans l’ombre, n’attendaient que la première occasion pour resurgir des oubliettes dans lesquelles leurs turpitudes les avaient relégués. Les « vieilles connaissances » qui célèbrent leur come-back ministériel ces temps-ci, ne sont pourtant que la partie visible de l’iceberg. Dans les conseils d’administration des lucratives sociétés d’Etat ou encore les ambassades du Togo à l’étranger, une nuée d’artisans confirmés ou occasionnels de la dictature s’apprêtent à fondre sur un butin qu’il estiment avoir contribué à sauvegarder.

Par Franck Essénam EKON

Pascal Akoussoulelou BODJONA, précédemment ambassadeur du Togo aux Etats-Unis, peut se frotter les mains et exhiber fièrement son embonpoint comme signe évident de la bonne marche de ses affaires. Le ministère des affaires étrangères lui était destiné mais il se « contentera » du poste de directeur de cabinet de Faure Gnassingbé au lendemain du scandaleux scrutin présidentiel qui a eu lieu fin avril dans le pays. Une promotion probablement due au zèle débordant de celui qui après avoir laissé de tristes souvenirs dans les esprits lorsqu’il dirigeait des milices proches du pouvoir sur le campus universitaire de Lomé, s’est fait quelque peu oublier ces derniers temps. Fanatique aux limites du concevable, son départ du Togo est intervenu dans un contexte où feu Eyadéma, après avoir sécurisé son règne, cherchait à aseptiser une déplorable image internationale en se débarrassant d’éléments encombrants de son acabit. Son discours pendant la campagne électorale n’a rien à envier à celui des caciques du régime comme l’ancien ministre de la communication Pitang TCHALLA par exemple. Le retour en grâce de ces anciens fonctionnaires de la terreur au Togo traduit avec une vibrante clarté la logique affichée dans ce que l’on ose nommer pompeusement le nouveau mode de gestion des affaires nationales.

LOGO Dossouvi et ses amis étudiants qui ont expérimenté en 1990 les talents de tortionnaire du colonel Laokpessi ont certainement cru rêver en entendant le nom de cet officier qui aura été de toutes les campagne de matraquage de tous les réseaux de l’opposition dans le pays.
Et pourtant, c’est bien de lui qu’il s’agit. Dans sa clairvoyante dynamique de modernisation du pouvoir politique au Togo, le nouveau pouvoir n’a rien trouvé de mieux que de faire appel à un personnage qui a toujours figuré en bonne place dans tous les rapports publiés à l’époque par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), la Ligue togolaise des droits de l’homme ou encore AMNESTY international. C’est entre les mains de cet homme que le pouvoir remet les clés de la sécurité au Togo. Limogé par Eyadéma lui-même en 1990, il retrouve aujourd’hui son domaine de prédilection qui est la planification de la répression. C’est ce module qui l’a rendu célèbre sous le règne du défunt dictateur, c’est celui-là qui lui permettra de verrouiller le pouvoir du fils. Sa nomination comme ministre de la sécurité est, dans tous les cas, un signal important pour les Togolais qui savent qu’avec un client de ce calibre, les choses sont claires désormais.

A l’orée de son règne, c’est visiblement sur ce capital de terreur que la clique au pouvoir cherche à établir les fondations d’une légitimité usurpée. En rameutant la fine fleur des bannis des années 1990, l’idée est peut-être de se servir des traumatismes de ces années de larmes et de deuil pour conjurer les germes de la contestation. Et au besoin, les vieilles méthodes peuvent toujours servir face aux entêtés. Comment comprendre autrement cette résurgence d’un passé si traumatique pour les togolais ? La démarche est quasi-dogmatique dans les arcanes du Rassemblement du peuple togolais(RPT, le parti au pouvoir) : clamer les vertus du dialogue tout en installant aux postes-clés des hommes qui y sont absolument réfractaires. L’ombre inquiétante des autres dignitaires piaffant d’impatience sur le banc de touche ne constitue pas exactement un facteur d’optimisme pour les partisans d’un changement au Togo. Tout ce monde revendique une part du butin présidentiel. Du général d’armée aux membres influents du parti en passant par les petites frappes sorties de l’anonymat pendant la campagne électorale, une longue file d’attente se forme dans la perspective de la kermesse qui se déroule en ce moment.

Dans les juteuses sociétés d’Etat, le tocsin sonne déjà et avant même d’avoir été nommés, plusieurs francs-tireurs de la mascarade qui a amené Faure Gnassingbé au pouvoir arborent les insignes de leur future promotion. Reconnaissance oblige, et la charité bien ordonnée commençant par soi-même, l’armée et le parti au pouvoir seront les premiers servis. Les « associés » de l’opposition modérée devront au mieux attendre les restes de ce festin. La formation du gouvernement confirme cette vision des choses puisque le RPT s’est réservé la quasi-totalité des grands ministères laissant aux transfuges de l’opposition des portefeuilles de gala comme au bon vieux temps. Nul doute que dans les prochains jours, les « oubliés » du gouvernement investiront les conseils d’administrations et les directions générales de ces sociétés pour perpétuer ce qu’ils appellent eux-mêmes « les habitudes de la maison ».

Joseph Kokou Koffigoh, lui n’y croyait presque plus. Ancien Premier ministre au début des années1990, il se voit catapulter à la tête d’une intrigante Commission nationale d’enquête sur les exactions ayant eu lieu lors du scrutin présidentiel d’avril dernier. Lorsqu’on connaît le destin de ces commissions au Togo, on se doute bien que le « soldat Koffigoh » saura mériter la confiance que ses mandataires ont placée en lui. Il a lui aussi montré du vivant du Général Eyadéma qu’en dépit de son idylle passée avec l’opposition, le parti au pouvoir pouvait compter sur lui pour des missions de cette envergure. Accusé journellement sur les médias d’Etat d’avoir vidé les caisses du trésor public pendant qu’il était chef du gouvernement(1991-1994), il fait aujourd’hui partie de ces revenants dont les togolais pensaient ne plus jamais entendre parler, tant leur nom est associé au symbolisme de la consolidation du régime du défunt dictateur.

Mais c’est majoritairement dans les représentations diplomatiques togolaises à l’étranger que la bataille fait le plus rage. Ici aussi les maîtres d’œuvre de l’intronisation de Faure Gnassingbé se mettent en rang pour occuper le terrain. Si certains savent depuis longtemps dans quelle capitale ils poseront leurs valises, de nombreux autres font le pied de grue devant Lomé 2( résidence présidentielle) pour exiger les dividendes des « efforts consentis ». Pendant ce temps les actuels pensionnaires des ambassades scrutent avec angoisse la météo des humeurs du nouveau maître du Togo…Il sera toujours temps de faire les cartons.

La rédaction letogolais.com