25/09/2022

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Togo: Kofi YAMGNANE veut « faire changer de camp à la peur »

CONFERENCE DE PRESSE (CAPE,Maison de la Radio, Paris, le 15 mars 2006)

DECLARATION LIMINAIRE

LES GRANDS PRINCIPES

Emmanuel Kant a dit: «l’homme est la fin des fins». Cela signifie que tout ce qui porte atteinte à l’existence de l’homme ou à sa dignité est un crime contre la Nature, c’est-à-dire un crime contre toutes les existences auxquelles seul l’homme est donneur de sens. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la Communauté Internationale a pris conscience qu’au- delà des droits positifs nationaux, il doit désormais exister un contrat social, moral, juridique et pénal international opposable aux Etats et aux individus quels que soient leur origine et leur lieu de vie.

Le droit pénal international est né.

Il y eut ensuite de nombreuses autres instances internationales dont la Commission Internationale des Droits de l’Homme, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, Le Tribunal Pénal International etc… Toutes ces organisations poursuivent le même but: protéger le droit des citoyens du monde que nous sommes tous devenus au-delà de nos appartenances nationales, philosophiques ou religieuses. Il s’agit là d’une très grande avancée de l’humanité pour elle-même.

LE CONSTAT

Cependant, force est de reconnaître que ce cheminement moral, salutaire de l’humanité ne se fait pas sans résistance. De nombreux criminels internationaux cherchent toujours à s’octroyer une impunité universelle quelle que soit l’ampleur des crimes qu’ils ont commis. Ceci est valable pour les criminels encore en cavale de l’ex-Yougoslavie. La mort de Milosevic, survenue sans jugement il y a quelques jours, doit pousser la Communauté Internationale à accroître sa vigilance afin de rendre justice aux millions de victimes qui attendent réparation depuis si longtemps.

Concernant l’Afrique, il n’y a pas qu’au Rwanda qu’il s’est passé des crimes qui heurtent la conscience humaine. De nombreux pays africains subissent encore à l’heure où je vous parle des exactions dégradantes, voire mortelles, de la part des systèmes dictatoriaux qui les dirigent.

AU TOGO: LES FAITS

Au Togo, mon pays d’origine, il s’est passé, il se passe toujours des choses qui révoltent et doivent révolter la conscience de tout homme croyant à minima au respect de la dignité humaine. Un système autocratique héréditaire a transformé depuis plusieurs décennies ce pays en une terre de souffrance, de négation des droits humains élémentaires pour des millions de Togolais et de prédation pour des hordes de charognards nationaux et internationaux de tout poil et de tout acabit.

Des crimes y sont régulièrement commis, souvent dénoncés par la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme, la Ligue Internationale des Droits de l’Homme, Amnesty International, les Associations de la société civile et politique Togolaise. Malgré ces dénonciations itératives, la Communauté Internationale a toujours joué les Ponce Pilate comme si la mort de Togolais innocents, la disparition de Togolais innocents, la destruction physique, mentale et psychologique de Togolais innocents ne méritaient pas d’être retenus comme des faits intolérables.

L’année dernière de graves exactions ont eu lieu au Togo qui ont occasionné la mort de plusieurs centaines de Togolais (400 à 500) et l’exil de plusieurs centaines de milliers d’autres, y compris des militaires, selon le rapport des Nations Unies. Les responsables de cette immense tragédie sont là au Togo, continuent à sévir et à terroriser nos compatriotes et à narguer la Communauté Internationale.

La campagne électorale pour l’élection présidentielle a connu des dérapages particulièrement sanglants et comme si cela ne suffisait pas, des plans de répression ont été savamment élaborés et les moyens de mise en oeuvre ont été acquis par les gouvernants eux-mêmes.

Le Ministre de l’Intérieur Togolais de l’époque, François BOKO refusera de cautionner, au risque de sa vie, cette tragédie en préparation. Les massacres à grande échelle qui ont été minutieusement préparés ont été en partie exécutés tandis que la répression sanglante a atteint son paroxysme lorsque pour défendre sa victoire, le peuple engagea l’épreuve de la rue.

NOTRE DETERMINATION: obtenir une suite judiciaire au rapport des Nations Unies.
C’est pour remédier à cette injustice que nous, membres de SURSAUT TOGO, avons décidé de placer cette Communauté Internationale devant ses responsabilités. Pour restaurer la confiance, rassurer ceux qui, craignant pour leur vie, ont pris le dur chemin de l’exil au Bénin et au Ghana voisins notamment, il convient de donner très rapidement une suite judiciaire au rapport des Nations Unies. Depuis septembre 2005, ce rapport est sur la table du Gouvernement togolais qui, hormis les tergiversations cyniques tendant à mettre dos-à-dos les victimes et leurs bourreaux, n’a pris aucune initiative pour donner une suite judiciaire aux faits allégués et établis.

Nous refusons la résignation, le fatalisme, car nous sommes convaincus que la liberté ne s’octroie pas, elle s’arrache par la détermination d’un peuple éclairé par ses leaders.

A travers vous, nous voulons demander à cette Communauté Internationale de nous aider à rendre justice aux Togolais et à empêcher que de tels crimes se reproduisent au Togo ou ailleurs. C’est possible, c’est même certain si l’hypocrisie cède la place à la sincérité.

Voilà l’objet de notre rencontre d’aujourd’hui. Les membres de SURSAUT TOGO et avec nous, le cartel des oppositions politiques ainsi que tous les Togolais épris de paix et de la volonté de respect pour leur dignité attendent beaucoup de nous, mais aussi de vous. Vous êtes nos médiateurs, indispensables pour lever la chape de plomb dont les dirigeants installés par la force à Lomé tentent de couvrir les réalités du Togo.

NOTRE DEVOIR

Mettre fin à l’impunité érigée en mode de gouvernance au Togo,
Désigner, arrêter les responsables de cet état de fait,
Les traduire sans délai devant les juridictions nationales et internationales ad hoc pour les juger,
Faire punir tous les crimes et notamment ceux s’apparentant aux crimes contre l’humanité,

Faire changer de camp à la peur: la tranquillité pour le peuple, la peur chez les criminels!

Fait à Paris le 15/03/2006
Kofi YAMGNANE
Président SURSAUT TOGO

SURSAUT TOGO – B.P. 49 – 29150 Châteaulin