26/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Togo : L’ultime combat

Par Gaétan TETE*

Certains événements de ces derniers mois sont-ils fortuits, ou viennent-ils tout simplement, encore une fois, rappeler aux démocrates togolais, deux choses. Primo : la liberté se négocie rarement, elle se prend par le peuple sûr de son bon droit, avec force tranquille et persuasion, surtout en cas d’élection entachée de fraudes massives. Secundo : la France, héraut de la liberté, et chantre de la démocratie, continue de soutenir à bout de bras, le régime dictatorial moribond de Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février. Depuis quelques temps, les téléspectateurs du monde entier assistent en direct à la chute de régimes corrompus et dictatoriaux.

Géorgie, la « révolutions des roses » née de la contestation des résultats des élections parlementaires (2 novembre 2003), incite des milliers de manifestants de l’opposition à prendre d’assaut le Parlement de Tbilissi ; suivra la démission du président Edouard Chevarnadze.
Ukraine, 21 novembre 2004 : élection présidentielle, fraudes massives. L’opposition conteste, proteste ; et elle tient bon malgré les intimidations du pouvoir rétrograde en place. Après trois semaines de manifestations pacifiques, l’opposition obtient la tenue d’un nouveau scrutin clair et limpide. Le 26 décembre, le leader de l’opposition, V. Iouchtchenko, est élu.
Kirghizistan, 27 février 2005. Premier tour des législatives ; les fraudes et irrégularités sont palpables et incontestables. Protestations de l’opposition dans tout le pays, et plus particulièrement dans la capitale, Bichkek. Le 24 mars, les manifestants de l’opposition investissent le palais présidentiel. Le chef de l’Etat, Askar Akaïev, prend la poudre d’escampette et se réfugie à Moscou avec sa famille.

Il y a encore quelques décennies, la France possédait des colonies et autres territoires sous-mandat, dont elle tirait profits matériels et garanties stratégiques. La Russie aussi était entourée de ses républiques socialistes ; une quinzaine. Ces Républiques constituaient, toutes proportions gardées, des colonies de la défunte Union, dont la Russie était, physiquement et économiquement le centre. Moscou centralisait les ressources humaines et matérielles de son gigantesque empire. En matière militaire, Staline se targuait du nombre de divisions qu’il avait à sa disposition ; sur le plan économique, chacune des républiques avait sa spécialité : c’est ainsi que l’Ukraine par exemple, constituait une grande pourvoyeuse de charbon et de blé à toute l’Union.

Comparaison n’est pas raison. Néanmoins, des bouleversements politiques se produisent dans les ex-républiques de l’Union soviétique, comme il y eut dans les années 60, une cascade d’accession à l’indépendance dans les pays africains.
Les républiques socialistes, perestroïka aidant, s’étaient politiquement affranchies de Moscou, dans les années 90-91. Nonobstant cette indépendance, des régimes autocratiques y sont soutenus par Moscou. La Russie, afin de garantir ses intérêts économiques et stratégiques, s’efforçait de maintenir dans les anciennes républiques de l’Union, des régimes prorusses autoritaires, népotiques, corrompus. Malgré leur déficit démocratique, Moscou soutenait à bout de bras ces régimes qui constituaient pour elle, des alliés sûrs. Aujourd’hui, la Russie voit d’un mauvais œil, les velléités démocratiques des peuples de ses ex-colonies, dont les nouveaux dirigeants se tournent plutôt vers Bruxelles et Washington. Mais les peuples des républiques de l’ex-empire soviétique n’ont plus peur du grand méchant ours. Ils investissent les parlements et les stations de télévision : ils prennent le pouvoir. La Russie impuissante, ne peut que constater les dégâts.

« LE ROI N’EST PAS SAUVE PAR UNE GRANDE FORCE… » (PS. 32 ; 16)

En France, au moment où le peuple risque d’opposer, le 29 mai, un cinglant NON à la Constitution européenne concoctée par Valéry Giscard d’Estaing (un autre ami des dictateurs africains), on imagine mal, Chirac et les siens, se préparer à une fraude massive au cours de ce scrutin référendaire, afin de faire triompher le OUI que le gouvernement espère.
Ce que le président Chirac ne peut pas faire dans son propre pays : fausser le vrai résultat d’une élection, il est en train de le faire indirectement au Togo. Officiellement, il se range sous la bannière et les décisions de la Cedeao, mais dans les faits, les hommes de Jacques Chirac complotent dans l’ombre. Ils conseillent Faure Gnassingbé de se précipiter pour organiser l’élection présidentielle, le 24 avril, pendant que l’opposition démocratique souhaite un report, pour plus de préparation en vue d’un scrutin transparent et équitable pour tous les Togolais. Chirac a choisi son camp : celui du fils, Faure, de son ami personnel : Gnassingbé Eyadéma.

Malgré les gages de bonnes volontés de la part de l’opposition togolaise, aucun de ses leaders n’est reçu à l’Elysée. Bob Akitani, candidat unique de l’opposition radicale, fait des appels du pied à la France : « C’est la France qui m’a donné une bourse, et ça, je ne peux pas l’oublier », dit-il à Christophe Boisbouvier de RFI. Bob Akitani promet, en cas de victoire de l’opposition, un gouvernement d’union comprenant des ministres RPT. On dirait que tous ces gages de bonnes intentions tombent dans les oreilles d’un sourd. En revanche, les généraux putschistes qui voulaient installer de force Faure Gnassingbé au pouvoir, sont reçus à l’Elysée (le 8 mars 2005).

Qui se souvient des généraux André Zeller et Maurice Challe ? Ce sont des hommes faisant partie du « quarteron de généraux à la retraite ». Avec Salan, avec Jouhaud, ils voulaient garder l’Algérie dans la France. En avril 1961, ils tentèrent un putsch qui se solda par un échec retentissant. Challe et Zeller seront condamnés à 15 ans de prison. Autres temps autres mœurs : trois généraux de l’armée togolaise, après l’échec de leur coup de force contre les institutions de leur pays, sont le plus naturellement du monde reçus à l’Elysée. Il est vrai que pour le président Chirac, les institutions du Togo ne valent pas celles de la France ; on peut les piétiner allègrement et impunément ; à tel point que les dirigeants français ont toujours préféré et imposé aux Togolais, l’incurie en lieu et place de la compétence, et la dictature à la place de la démocratie.

Les Togolais sont aujourd’hui conscients du fait que la France a déjà mis en route et sa diplomatie, et ses techniciens au service de Faure Gnassingbé. D’ailleurs les officiers et instructeurs français dans l’Armée togolaise, sont toujours sur place pour donner un coup de main. Et lorsque le peuple, éventuellement, se soulèvera après la fraude électorale organisée par le régime militaro-fasciste de Lomé, la Chiraquie enverra peut-être sur place une Force Licorne, même sans couvert de l’ONU : peu importe, histoire de faire un brin de ménage dans les rangs de l’opposition.

UNE SEULE GARANTIE : LA MOBILISATION POPULAIRE

« La seule garantie que nous avons, c’est la mobilisation populaire togolaise », affirme un des leaders de l’opposition. C’est la triste réalité. A l’heure où les dictateurs s’accrochent, s’incrustent au pouvoir, la révolte populaire deviendrait-elle la seule panacée pour les en déboulonner ? Le Togo serait-il sur la voie malgache, géorgienne, ukrainienne, Kirghize ? Un seul handicap subsiste : l’armée. Elle n’est pas républicaine. La France a aidé Eyadéma à mettre sur pied une armée clanique ; la preuve, elle a formé en France des officiers togolais, sachant qu’ils étaient tous de Pya ou des villages environnants. Les différents gouvernements français ont fermé les yeux. La France serait-elle la France, si son armée n’était composée que de Corses ou de Bretons ?

Pour la défense de ses intérêts propres, le Français n’hésite jamais à marcher sur le corps de son prochain, pour le traiter sans respect, pardon : le maltraiter ; l’avilir, l’asservir. Pendant ce temps, les dirigeants de l’opposition voudraient faire référence à la légendaire hospitalité africaine, pour épargner des représailles contre les ressortissants et les biens français au Togo. Chirac décrypte le message ; il continue sa politique de soutien à l’apprenti dictateur à travers ses silences qui en disent long et sa politique souterraine. Les tenants de la politique française attendent-ils de constater des actions plus persuasives de la jeunesse togolaise contre la France et ses intérêts sur le sol togolais, afin de comprendre la détermination qui anime ce peuple de ne plus vivre sous la dictature d’un Gnassingbé, des FAT et du RPT ?

Quoi qu’il en soit, le peuple togolais entend s’opposer avec acharnement à toute fraude, couvert ou non par les comploteurs français ou internationaux. Mais les Togolais devront compter sur leurs propres forces. Godwin Tété-Adjalogo écrivait : « A bas le sentimentalisme ; soyons unis. Parlons d’une même voix ! Soyons fermes, comme en 1957-1958 ! Alors nous vaincrons parce que notre cause est noble et juste. » Et, en conviant le Togolais à l’amour de son pays, il écrivait : « Le patriotisme, c’est l’amour de la patrie : amour pur, désintéressé, quasi mystique, capable de susciter les sacrifices les plus nobles, y compris le sacrifice suprême, c’est-à-dire le don de la vie personnelle et/ou collective. »** Cela ressemble plutôt à des paroles adressées à des militaires, mais hélas, il n’existe plus de patriotes dans cette armée togolaise. Il ne reste plus que des félons entraînés à combattre la jeunesse sans armes.

Afin de faire front à la fraude, la lutte d’après-élection sera rude. Que ceux qui savent marcher, s’apprêtent à organiser des marches de protestation. Que ceux qui savent négocier affûtent leurs arguments. Que les leaders de l’opposition planchent sur un gouvernement-bis ; s’ils se sentent quelque peu en manque d’idées, il leur suffit de faire référence au programme économique et politique issu de la Conférence Nationale Souveraine (CNS). Que ceux qui savent prier, préparent d’ores et déjà leur chapelet. C’est une lutte contre les forces des ténèbres qui s’engage.

* TETE Gaétan, Politologue, Auteur de « Démocratisation à la togolaise » édition L’Harmattan
** Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo, « La palpitante quête de l’Ablodé (1940-1960) », NM7 éditions, Paris, 1998, p ; 20.

LIRE EGALEMENT:
[Togo : La fraude massive…sport favori du RPT->http://www.letogolais.com/article.html?nid=1781]
[Togo: Avant toute élection….concertation->http://www.letogolais.com/article.html?nid=1718]