26/11/2022

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Togo-opposition : Versatilité, l’autre racine du mal togolais….

Le champ lexical des analystes de la politique togolaise s’est enrichi ces dernières années d’un nombre impressionnant de vocables pour désigner l’extrême inconstance de certains leaders politiques du pays : opposants modérés, équilibristes, collaborationnistes etc., ont été, parmi tant d’autres, les termes utilisés pour désigner une espèce de politiciens dont le signe particulier est un copinage éhonté avec l’équipe au pouvoir. Longtemps considérée comme quantité négligeable sur l’échiquier politique national, cette espèce qu’on croyait en voie de disparition tente ces derniers temps de se refaire une santé avec la bénédiction bien évidente de ses commanditaires supposés…ou avérés.

Par Franck EKON

Et s’ils n’avaient jamais été ce qu’ils ont prétendu être pendant toutes ces années ? Et si leur pseudo-engagement pour l’alternance démocratique au Togo n’était que le cheval de Troie destiné à s’introduire dans la citadelle d’une opposition décidée à en finir avec un pouvoir largement vomi par les populations ? Et enfin si tout ce bavardage, cette littérature prolifique sur le changement n’étaient que l’autre nom d’un camouflage insidieux porté par des désirs bassement « pouvoireux » ?

Pour l’opposition togolaise, la thématique de l’authenticité des convictions qui eut semblé politiquement incorrecte il y a quelques années, est devenue, semble-t-il, la reine des interrogations, surtout parce que le danger est loin d’être écarté. Et s’il subsistait encore quelque doute sur les intentions, le positionnement récent de certains responsables de partis se charge de rappeler avec une nette évidence que le ver est dans le fruit. Le masque de l’appartenance à l’opposition, n’a, en définitive qu’une fonction bien circonstancielle et le naturel revendique toujours ses droits en dépit de toute l’habileté avec laquelle on le refoule…Même pour un mongolien, il est désormais clair que le pouvoir en place à Lomé compte énormément sur des alliés objectifs au sein de l’opposition, des alliés qui, en vertu d’un statut usurpé continueront de slalomer entre de pseudo-convictions et des responsabilités mirifiques qu’on agite devant leurs babines.

« PROFIL DES OPPOSANTS SLALOMEURS »

Petit portrait-robot de ces opposants-préférés( selon une expression chère à un directeur de journal togolais) : passé d’ancien ministre ou proche collaborateur d’Eyadéma, tableau d’état de service vierge au sein de l’opposition démocratique, dirigeant de parti politique sans envergure, prompt à des alliances contre-nature en échange d’un poste honorifique, a conservé d’indéfectibles amitiés au sein du RPT, nostalgique de ses années de gloire au sein du parti au pouvoir auquel il rêve secrètement de revenir pour damer le pion aux arrivistes d’aujourd’hui dont il jalouse l’influence, abhorre par dessus-tout les échéances électorales synonymes pour lui de score de guignol….

Comme on peut le constater, point n’est besoin d’avoir une intelligence supérieure pour retrouver les quelques dissimulateurs qui correspondent à ce profil dans la nébuleuse qu’on appelle opposition togolaise. Le paradoxe pendant toutes ces années est que l’on a fait semblant que tout allait bien et gare à qui s’aventurait sur ce terrain ; accusé de vouloir ouvrir la boîte de Pandore, il était tout de suite diabolisé ou mis sous éteignoir au motif que l’heure en était à l’union sacrée. Malgré les faits et contre toute attente, aucun parti politique sérieux de l’opposition n’a jamais provoqué l’occasion d’un vrai débat sur la question. Il semble même que la versatilité de ces responsables de partis se soit nourrie du mutisme de leur victime. Préférant le mépris à une explication franche, l’opposition togolaise a continué à faire les frais de ceux qui ne comptent que sur les réseaux pour devenir un jour dirigeants de ce pays.

« OPPOSITION PLURIELLE » OU « PARTI CHARNIERE »

Le primat de la compromission et des combinaisons trafiquées de toutes pièces occupe dans le comportement de ces personnages une place de choix à côté du double langage et de la trahison de la parole donnée. Leur acquiescement à toutes les manœuvres récentes du pouvoir n’est pas qu’un signe d’empressement à retrouver des responsabilités au pouvoir, c’est la manifestation même d’une attitude essentiellement vorace et oublieuse des enjeux nationaux. Entrevoyant peut-être la déconstruction de leur déguisement, ils s’empressent de rebaptiser leur félonie d’un nouveau concept : celui d’ « opposition plurielle » ou « parti charnière ». Jetant aux orties leurs anciens mots d’ordre, ils décrètent aujourd’hui qu’il n’y a plus une opposition togolaise, mais des oppositions avec ce que cela suppose de justificatifs d’épiciers du genre « il faut récupérer tout ce qu’on a perdu dans cette lutte ». Ceux qui ont perdu leur bien suprême, la vie, apprécieront cet argumentaire indigne de gens qui se sont engagés avec conviction dans un combat. En réalité, il faut considérer le comportement de ceux dont il est question ici, leur nouvelle rhétorique comme des instruments de démystification et de dévoilement. Les masques sont tombés, devrait-on dire pour saluer l’occasion d’une réappropriation de cette lutte au Togo.

Il y a là peut-être quelque chose de nouveau dans la démarche de ceux qui squattaient les rangs de l’opposition : pour la première fois, ils ne s’embarrassent même plus de scrupules, épousant ostensiblement les vues du pouvoir, il ne leur reste plus qu’à rejoindre avec armes et bagages le camp qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Comme cela, au moins, on pourra dire que la jurisprudence Abessole* a fait des émules au Togo. La franchise est une qualité si rare qu’il importe de la saluer à sa juste valeur lorsque (rarement hélas), elle fait irruption dans le débat public. N’est-ce pas aussi une forme de qualité rétroactive que de reconnaître ce qu’on a toujours été ?

La rédaction letogolais.com

* Ancien opposant d’Omar Bongo Ondiba, qui a rejoint à la surprise générale le camp de son adversaire.