26/06/2022

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Togo-politique: Passage en force en perspective…

Les conditions habituelles d’un « forcing » poltico-électoral se mettent progressivement en place au Togo. Un projet de code électoral révisé vient d’être mis en route par le pouvoir contre l’avis des principaux partis de l’opposition, et au mépris des recommandations de la communauté internationale. Une sorte de répétition générale d’un scénario plusieurs fois expérimenté.

Par Franck EKON

La fraude électorale a encore de beaux jours devant elle au pays du général Eyadéma. Son gouvernement fait, en tous cas, feu de tout bois pour redynamiser les mécanismes qui lui ont invariablement assuré la part belle lors des diverses parodies d’élections que le Togo a connues ces dernières années. Le projet de code électoral, objet de toutes les polémiques, apparaît, dans ce sens, comme le premier ballon d’essai d’une batterie de stratagèmes devant normalement déboucher sur un passage en force électoral.

En février 2002 déjà (pour prendre une référence récente), le camp présidentiel avait modifié le code électoral consensuellement élaboré avec l’opposition et enterré les garde-fous structurels pouvant l’empêcher de se livrer à son sport favori: le tripatouillage électoral. L’ancien code venait d’être vidé de sa substance et avec lui l’espoir de voir se tenir dans le pays des élections crédibles et démocratiques. En lieu et place d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) paritaire, le chef de l’Etat togolais a fait mettre l’ensemble du processus électoral sous la tutelle d’un ministère de l’intérieur, comme pour consacrer le deuil de la transparence des scrutins en perspective.
La mise à mort de l’accord-cadre de Lomé, la modification de la constitution en décembre 2002 (institutionnalisant la présidence à vie du Général Eyadéma), la fermeture de tous les créneaux de discussion avec l’opposition et toute la pantomime électorale qui s’en suivra, apparaissent avec le recul, comme autant de séquences d’une machination politique bien huilée.

« ON PREND LES MEMES…. »

Comme par hasard, dans le cadre des engagements pris devant l’Union européenne le 14 avril dernier, les autorités togolaises reprennent les mêmes et recommencent…Après plusieurs semaines de polémiques avec l’opposition sur les orientations du dialogue national et sans avoir pris la peine de répondre aux nombreuses inquiétudes exprimées ça et là, le gouvernement inaugure une énième saison de son parcours en solo. Les acteurs de ce feuilleton n’ont pas vraiment changé : Natchaba (actuel président de l’Assemblée nationale exclusivement composée des membres du parti au pouvoir), Dama Dramani (SG du RPT, parti au pouvoir), Koffi Sama, (actuel Premier ministre) ou encore Pitang Tchalla (ministre de la communication) ne sont pas nouveau dans le casting des délégations chargées de verrouiller toutes les opportunités d’ouverture politique dans le pays. En 2002 ces « galactiques » de l’herméticité étaient aussi de la partie.

« MANŒUVRE DE CAMOUFLAGE »

Pour preuve, en guise de révision du code électoral, on n’a eu droit qu’à une reconduction des avaries contenues dans le code de 2002 : re-intronisation du ministère de l’intérieur dans l’organisation des élections ainsi que de sa main-mise sur tout le processus électoral, mise sous éteignoir de la CENI confinée dans le rôle fantomatique de simple organe de supervision de l’industrie frauduleuse sont quelques-unes des innovations » contenues dans le texte mis en route par le gouvernement togolais.
Un signal évident aussitôt dénoncé par le Comité d’action pour le renouveau (CAR) l’Union des forces de changement (UFC) et la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), les trois principales formations de l’opposition qui ont d’ailleurs évité l’entourloupe d’une caution à la mascarade en quittant la salle des négociations avant le vote du texte. Véritable « manœuvre de camouflage du système de fraude en vigueur », selon l’opposition, ce projet de code électoral est vraisemblablement celui que le gouvernement entend faire bientôt « enregistrer » par un parlement entièrement dévolu à sa cause.

« RESTER A TOUT PRIX »

Dans cette atmosphère larvée de tension, tous les regards sont tournés vers Bruxelles où, doit être connue dans les prochains jours, la décision de l’UE sur la normalisation de ses relations avec le Togo. Une échéance qui ne semble nullement émouvoir les thuriféraires du pouvoir togolais, résolument concentrées sur le chantier de la mise à l’écart de l’opposition malgré les apparences. « Malgré les volte-face et les dénégations de certains togolais qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels, nous poursuivront dans la sérénité les réformes politiques », proclamait avec emphase le général Eyadema le 16 octobre dernier devant un groupe de jeunes visiblement plus intéressés par les billets de banque que par l’éloquence présidentielle.

Traduction : le gouvernement n’a nullement l’intention de faire des concessions et continuera la mise sous coupe réglée du pays à son rythme. Ceux qui veulent faire allégeance pour nous accompagner sont les bienvenus ; les autres sont priés de s’écarter…. Les habitués de ce type de discours ne s’y trompent pas ; chaque déclaration de ce genre sonne souvent le glas de toute négociation et donne le ton d’un implacable rouleau compresseur.

La rédaction letogolais.com