26/09/2022

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Togo: Pourquoi le dialogue intertogolais tarde-t-il à venir?

LES COULISSES….LES ENJEUX

Le 14 avril 2004, le gouvernement Togolais sous la conduite du Premier Ministre Koffi Sama a contracté 22 engagements vis-à-vis de l’Union Européenne pour sortir notre pays du déficit démocratique et des sanctions économiques qui l’ont gravement appauvri. L’idée d’un Dialogue National entre le pouvoir : (RPT, CPP, PDR) et l’opposition : (UFC, CAR, CDPA) est formellement recommandé dans ce document en vue d’une refonte totale du cadre électoral acceptable par tous et la réforme des institutions de la République.

De retour à Lomé, les premières rencontres organisées par Koffi Sama et Drama Dramani, Secrétaire Général du RPT à partir du 10 juin 2004, après un dialogue interrompu depuis plusieurs années, ont vite tourné au ridicule et à la consternation générale. Le Général-dictateur et son Premier Ministre avaient non seulement leur vision particulière des 22 engagements, mais aussi, et surtout leur stratégie politique qui était le fondement réel de ces engagements. « Ni l’issue, ni le cadre exact, ni même le calendrier n’en sont clairs mais l’objet était la pleine reprise de la coopération » concluait Jean-Philippe Rémy dans les colonnes du journal le Monde du 12 juin 2004 intitulé : Le pouvoir et l’opposition reprennent langue au Togo.

A cet effet, souvenons-nous de la présence d’Edem Kodjo, et Zarifou Ayéva en tant que membres officieux au sein de la délégation gouvernementale du 14 avril 2004 à Bruxelles. Edem Kodjo était déjà pressenti au poste de Premier Ministre, son ami Ayéva aux Affaires Etrangères, et le vieux dictateur malade leur avait sans doute confié son fils Faure en apprentissage politique pour lui succéder une fois décédé. C’est en réalité le complot politique déguisé par les 22 engagements du gouvernement Koffi Sama, ce qu’il convient d’appeler un plan, un deal, mieux encore une stratégie politique ; la preuve en est le silence de ces deux hommes après le coup d’Etat du 5 février 2005 qui a pourtant suscité un tollé d’indignation générale et légitime. Le Président Chirac, l’ami personnel du dictateur n’était-il pas mis au parfum de ce plan très françafricain par ailleurs, peut être même l’initiateur du plan dont le suivi serait confié à Monsieur de Bonnecorse ? N’ont t-ils pas reçu les Généraux putschistes du 5 février à l’Elysée après leur coup ?

Ainsi, pour réaliser ce plan, il convient de préparer un scénario politique d’une envergure exceptionnelle, en tout cas un signal politico-médiatique très fort et très osé à la hauteur de l’enjeu. C’est le sens donné aux 22 engagements tels qu’ils ont été planifiés par le Général dictateur Eyadéma et mis en scène par ses Conseillers juridiques dont le Juriste-Mercenaire anti-constitutionnaliste Debbasch, dans le but d’entraîner l’opposition vers des élections législatives frauduleuses qui feront de Kodjo le Premier Ministre du dictateur avec pour mission principale: la préparation de Faure pour le fauteuil présidentiel.

A la lecture des 22 engagements publiés par le journal Le Monde du 15 avril 2004, la plupart des observateurs se demandait pour quelles raisons le dictateur et le RPT étaient devenus aussitôt responsables et raisonnables ? Car ces 22 engagements sont complètement aux antipodes de leurs pratiques du pouvoir. Mais seulement voilà, six mois après la signature des 22 engagements, le dictateur décède plus tôt que prévu et ce scénario de la succession monarchique n’est pas encore élaboré. Ainsi, outre les 22 engagements jamais mis en pratique, quatre faits nouveaux révèleront cette impréparation dans une ambiance d’improvisation, de ridicule, d’incompétence, de bricolage et surtout de cambriolage juridique et constitutionnel qui feront la honte de tout le continent africain.

Avec le premier fait nouveau qui est la mort du dictateur, s’est suivit immédiatement le coup d’Etat militaire, le coup d’Etat constitutionnel du 05 février 2005 et le coup de force électoral du 24 avril avec pour conséquence le massacre des populations togolaises et le départ en exil de 40000 réfugiés.
Dernier fait nouveau, le rapport de l’ONU sur l’établissement des faits avant, pendant et après la période électorale frauduleuse du 24 avril. Ce rapport préconise tout comme les 22 engagements un Dialogue National crédible en vue de résoudre l’éternelle crise politique togolaise pour laquelle, aujourd’hui la présence d’un médiateur reste incontournable.
Avec ces faits nouveaux, il est à noter que les 22 engagements sont devenus un véritable boulet pour Faure, Kodjo et le RPT, et qui rend de plus en plus difficile la tenue du Dialogue National transparent et crédible. Il est à noter également que les 22 engagements étaient prévus à l’origine dans un court terme avant de s’éterniser deux années durant ( 2004-2006 ) après sa signature.

LE CLAN GNASSINGBE ET LE RPT CRAIGNENT DE NE PLUS RIEN CONTROLER

Le clan Gnassingbé et le RPT craignent de ne plus rien contrôler, c’est pour cette raison que leur nouvelle stratégie est de refuser les différents médiateurs proposés dont Kenneth Kaunda par Alpha Omar Konaré Président de le Commission de l’Union Africaine, et Lakhdar Brahimi proposé par Kofi Annan Secrétaire Général des Nations Unies.

Il est clair que l’opposition laisserait des plumes et non des moindres dans un quelconque dialogue sans médiateur et c’est en l’occurrence le piège tendu par le RPT avec la complicité des ces universitaires stipendiés. Notons également que ce pouvoir qui a été conquis par la violence et fondé sur la force militaire ou armée n’a guère changé de visage dés lors il est légitime de refuser de tomber à nouveau dans le piège d’élections gagnées d’avance.

Si le Bénin et le Ghana voisins sont devenus des pays démocratiques, politiquement et économiquement stables alors que nous sommes très exactement les mêmes peuples, c’est grâce aux alternances successives qui renouvellent la classe politique dans ces pays, et la mise à l’écart de l’armée bien contenue dans des missions définies par la constitution.

Au Togo, nous sommes loin de réunir les conditions les plus élémentaires, il suffit de lire la récente circulaire du somnambule Premier Ministre Edem Kodjo en ce qui concerne la suspension des poursuites judiciaires contre les auteurs de la répression du 24 avril 2005, alors que pour suspendre une mesure juridique, il aurait déjà fallu qu’elle exista au moins dans son application.
En second lieu, au moment où la lutte contre l’impunité est plus que jamais d’actualité, les Commandants et Généraux supposés impliqués dans la répression post-électorale sont promus aux grades supérieurs malgré les crimes de sang commis.
Enfin, le 13 janvier a été célébré sans raison avec la même parade militaire dont le but réel est de provoquer la population et l’opposition, sans oublier le 23 septembre soit disant victoire des forces du bien sur celles du mal.

Il faudra bien que le RPT se rende compte de l’évidence actuelle mais qui a besoin d’être sans cesse rappelée : ses 40 années de dictature sont un échec cuisant pour le Togo, la misère, la pauvreté et l’endettement du pays en témoignent largement de cet échec. Encore faudra t-il l’assumer comme Mathieu Kérékou en son temps au lendemain de la conférence nationale demandant pardon aux Délégués et au peuple Béninois.

Le RPT, parti impénitent, entouré de conseillers mercenaires, hommes d’affaires sans scrupules, Généraux agrégés dans la violence et la répression aveugle, bande d’arrivistes sans vergogne, désavoués par des ex-barons comme Péré, Agbéyomé et Boko, continuent de mépriser le peuple Togolais jour après jour. Désavoué par le peuple, sanctionné par les grandes institutions internationales dont l’Union Européenne et le Rapport de l’ONU, harcelé par les différentes commissions des Droits de l’Homme, le RPT s’entête, s’enferme, et s’accroche au pouvoir dans son programme de gouvernement préféré qu’on peut résumer au mot survie.

Pour conclure, il est important d’insister davantage au risque de se répéter sur le fait que les 22 engagements sont devenus un boulet collé au pied du système RPT. Le scénario qui motivait ces engagements n’est pas arrivé au terme prévu avant la mort du dictateur.
S’il est vrai en première instance que les 22 engagements ne prévoient pas la présence d’un médiateur, il faut bien tenir compte en deuxième instance des faits nouveaux mise en lumière dans les recommandations et les conclusions du rapport de l’ONU.

En temps normal, il n’est pas aisé de dialoguer avec le RPT. Comment pouvons-nous le faire en temps de crise sans médiateur ? Il suffit de se rappeler de Colmar pourtant supervisé par deux médiateurs qui étaient les Ministres des Affaires Etrangères de France et d’Allemagne. Si toutes les tentatives pour normaliser la vie politique au Togo ont échoué, y compris l’accord cadre de Lomé, signé en 1999, qui prévoyait le départ du dictateur, au terme du dernier mandat que lui accordait la constitution, il faut toujours se rappeler qu’il a fini par la modifier pour être réélu en 2003 à la faveur de fraudes massives pour ainsi devenir dictateur à vie.

L’alternance que nous souhaitons, plus qu’une nécessité devient aujourd’hui un impératif national, c’est la seule réponse pratique à notre crise politique, c’est ce changement clair et net qui allumera au vert les indicateurs économiques en vue de la reprise de la coopération et du développement du Togo. Ne nous voilons pas la face, c’est ce signal fort qu’attendent toutes les grandes institutions internationales au premier lieu la banque mondiale et le fond monétaire international pour lancer les grands projets macro-économiques et d’industrialisation du Togo.

Paris, le 10 avril 2005

Par Tido BRASSIER

LIRE EGALEMENT:
[Faut-il un représentant spécial de l’UE pour le dialogue intertogolais?->http://www.letogolais.com/article.html?nid=2583]