28/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Faut-il un représentant spécial de l’Union Européenne pour le dialogue intertogolais?

Depuis quelques jours, divers journaux diffusent des informations citant le nom de Blaise Compaoré, président de Faso, comme médiateur potentiel pour relancer le dialogue inter-togolais qui fait partie des 22 engagements pris en avril 2004 par le gouvernement togolais envers l’Union européenne (UE).

Loin de moi l’idée de récuser cette personne comme médiateur pour notre pays (même si on peut être septique sur ses qualités de médiateur), il nous parait nécessaire de faire quelques observations et propositions.

Ce dialogue interrompu il y a un an à la suite du décès du président Gnassingbé père et que son fils élu à la suite des élections contestées, a essayé de relancer en novembre 2005, va de report en report, et notre pays reste plongé depuis plus de quinze ans dans une crise politique dont la cause majeure est le refus de l’alternance politique, d’où ce feuilleton d’élections truquées, de répressions, de tripatouillages des textes, des accords de médiation non respectés…

Malgré des reports en reports de cet énième dialogue et les échecs successifs des différentes médiations au Togo (accords de Ouaga, négociations de Colmar, de Paris, d’Abuja…), il ne fait pas de doute que seul un dialogue franc entre les acteurs togolais ciblant mieux les causes réelles de cette crise, pourra conduire à une sortie de crise durable pour notre pays. A moins d’espérer un coup d’État libérateur à la mauritanienne.

Il apparaît évident, pour favoriser le succès de ce nouveau dialogue, de trouver un médiateur crédible, compétent et capable d’aider les protagonistes de notre crise, à trouver des solutions idoines et durables pour que notre pays renoue avec les pratiques démocratiques et la croissance économique à laquelle peut contribuer le déblocage par l’UE des 100 milliards de Fcfa au titre des 9ème et 10ème FED (Fonds européen pour la développement).

Dans cette perspective, l’Union européenne qui a imposé des sanctions contre le Togo en ayant suspendu ces fonds pour déficit démocratique et envers laquelle notre pays a pris 22 engagements pour relancer le processus démocratique, se doit de s’impliquer résolument dans le règlement de cette crise. Plus que l’envoi de missions de suivi de quelques jours à Lomé, il faut nommer un représentant spécial pour le Togo, faisant office de médiateur comme elle le fait sous d’autres cieux (Macédoine, Kosovo, Afghanistan, Moldavie, Soudan, Caucase du Sud…)

Si l’Union européenne considère que l’objectif primordial du dialogue politique prévu dans l’accord de Cotonou est d’empêcher, autant que possible, les situations de difficultés politiques et de tensions de dégénérer comme il y a des raisons de le craindre pour le Togo, elle se doit d’utiliser l’un des meilleurs moyens à sa disposition (la nomination de représentant spécial) pour désamorcer la crise qui perdure dans notre pays.

Même si Gilles Desesquelles, chargé d’affaires de la Commission européenne à Lomé, a déclaré dans le journal Golfe Info récemment que «… dans les 22 engagements (pris par le Togo envers l’UE), il est fait mention de dialogue mais pas de facilitateur, ni de médiateur», nous pensons qu’il faut un médiateur pour ce dialogue car les sujets à débattre sont très sensibles (nouveau cadre électoral pour les prochaines élections législatives, sécurisation de ces élections, retour des réfugiés, la mise en place d’une commission réconciliation et vérité, reforme de l’armée…) pour que les acteurs politiques puissent arriver seuls à accorder leurs violons.

Le médiateur, par opposition au facilitateur qui se contente de rétablir le dialogue entre les parties en conflit sans faire des propositions de règlement, est le mieux approprié pour la crise togolaise. Refuser ce constat vise à dénier au peuple togolais le droit à la médiation internationale, corollaire du droit des peuples à la paix.

Il faut espérer que la mission de l’UE envoyée à Lomé dans le cadre du suivi des 22 engagements et conduite par Gérard Weinberger, ambassadeur d’Autriche au Sénégal, se rendra compte du blocage du dialogue et de l’urgence de nommer un représentant spécial de l’Union européenne pour relancer ledit dialogue.

Une telle personnalité devra avoir pour mandat d’aider les Togolais dans le cadre du dialogue inter-togolais, à trouver un accord de sortie de crise et à les aider à mettre en œuvre ledit accord. Elle devra être associée à l’organisation des élections après avoir conduit le dialogue. A cet effet, elle pourra formuler des propositions pour que les prochaines élections législatives soient libres et transparentes.

Étant donné que le pervertissement des opérations électorales dans notre pays a conduit à plusieurs reprises à des tensions et violences politiques et fait éterniser la crise socio-politique, la nomination d’un tel représentant spécial (spécialiste des élections) sera un signe fort pour les protagonistes de la crise togolaise et contribuera sans nul doute à dissuader les dirigeants de notre pays de frauder les élections. Il doit être en mesure de convaincre ces derniers, de la nécessité de l’alternance politique gouvernementale car en s’accrochant frénétiquement au pouvoir, ils mettent en danger la paix et l’unité nationale.

Cette nomination traduira l’engagement et la volonté de l’Union européenne de contribuer à sortir notre pays de la crise. A charge pour les partis politiques d’opposition d’envoyer à la table de négociation, des négociateurs compétents et spécialistes des questions électorales car on peut être un chef de parti politique et être un mauvais négociateur. Mandela n’a négocié la sortie de crise en Afrique du Sud. C’était Cyril Ramaphosa le négociateur de l’ANC. Mais pour autant le leadership de Mandela n’a jamais été remis en cause et il a été élu président lors des premières élections multiraciales de 1994.

Nous espérons qu’après le refus par les autorités togolaises, de la nomination (par le Président Konaré de la Commission de l’Union africaine) de Kenneth Kaunda comme facilitateur pour le Togo et celle de Lakhdar Brahimi (par Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies), l’Union européenne pourra faire accepter sans réticences l’envoi d’un représentant spécial pour le dialogue inter-togolais.

Paris, France, 1er avril 2006
Bruno Tsakadi