28/09/2022

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Togo : un dialogue mal parti

Le douzième dialogue a été ouvert le 21 avril. Le 5 février 2005, le père fondateur de la dictature togolaise décède dans un no man’s land aérien dans les environs de Tunis. Le lendemain, sur les écrans apparaît le colonel Nandja, chef d’état-major des FAT, entouré de tous les chefs corps qui, peur au ventre, font allégeance à Faure Gnassingbé, fils du dictateur défunt, et le catapultent chef des armées et chef de l’Etat.

La suite est connue :
– contestations et répressions sanglantes
– quête d’une reconnaissance internationale qui n’est pas au rendez-vous
– aggravation de la crise socio-économique
– crainte du retour du boomerang

Devant cette impasse, le clan cherche à rebondir dans la précipitation et l’affolement, par ce coup du dialogue. Mais le coup est mal parti. Le clan n’est pas prêt à céder la moindre parcelle de ses privilèges tout en étant conscient que le pouvoir, qu’il considère comme un legs, est en train de lui échapper, – et il n’a pas tort de le penser.

Comment expliquer que le Grand-Manitou du régime, ce félin des Savanes, longtemps célébré pour son intelligence, sa discrétion et sa lucidité, et surtout pour sa fidélité, remette aujourd’hui cette fidélité en cause et flirte insidieusement, -ce que bien sûr le clan Gnassingbé considère comme de la félonie- avec les forces de la liberté ? Comment expliquer que son cousin félin, naguère Grand-Tigre du régime, souvent cité dans les rapports internationaux pour ses exploits dans le raffinement de la torture, a trouvé le chemin de Bombouaka ? Comment expliquer que le bourreau commandant Masséna, patron des renseignements, puisse être travaillé par le Doute ?

Le navire prend l’eau de toutes parts et tangue : d’où la nécessité de ce dialogue. Celui-ci permet au clan de célébrer l’anniversaire de sa capture sanglante du pouvoir dans l’allégresse sous le couvert de la fête de l’indépendance, synonyme du silence de cimetière d’une part et d’autre part d’obtenir un consensus mou en jouant sur la division et la lassitude de l’opposition par une stratégie de séduction de certains de ses membres.

Toutefois la réalité est éminemment cruelle. Le clan veut un changement sans rien changer. Il est clair que la misère du peuple et la reprise de la coopération avec l’Union européenne sont ses soucis cadets. Au Grand rapport des FAT en décembre 2005, Faure Gnassingbé ne déclarait-il pas que son dictateur de père avait régné douze ans durant sans le concours de Bruxelles.

Tandis que son étui pénien, le somnambule Edem Kodjo, dans différentes interviewes, décrète l’impunité comme mode de gestion politique, l’inopportunité de la réforme de l’armée et du retour à la constitution de 1992. Cette constitution, adoptée par référendum par tous les Togolais, est le texte dont la légitimité est fondée sur le plus large consensus. L’attitude de Edem Kodjo est inquiétante. Aujourd’hui, Edem Kodjo se vautre dans une concupiscence débridée, artificiellement soutenue. Il conviendrait qu’il vienne se requinquer dans l’appartement parisien que son père spirituel Eyadéma a racheté pour lui. L’énarque pourra flâner au Jardin de Luxembourg et retrouver ses amis françafricains dont il se targue.

Les Togolais doivent comprendre que Kpatcha et Faure, sont les deux faces d’une même pièce, pactées dans le sang de plus de mille morts. Ils nous jouent des jeux de rôle calqués sur le protocole hollywoodien bien connu : la Brute pour le gros Kpatcha, et le Bon pour le pseudo diplômé Faure. En fait tous les deux sont de monstrueux personnages dont le plus cruel n’est pas celui qu’on pense, c’est-à-dire Kpatcha. Après le défilé du 27 avril auquel nous venons d’assister, l’infernal binôme reçoit les officiers supérieurs des FAT. Pendant que Faure les félicite pour avoir bien martelé le sol, Kpatcha, lui, décèle parmi eux certains qu’il considère en intelligence avec l’ennemi, et les sermonne vertement.

Pauvres officiers supérieurs des FAT ! Vous voici réduits en état de serfs au service du clan Gnassingbé. Que ressentez-vous lorsque vous vous rasez le matin ? Que ressentez-vous lorsque vous enfliez votre treillis ? Que ressentez-vous lorsque vous mettez vos barrettes sur vos épaulettes ? Que ressentez-vous en tant que pères de famille ? Que ressentez-vous devant vos épouses ? Que direz-vous à vos enfants ? Pauvres officiers supérieurs des FAT ! Vous souffrez. Vos frères civils souffrent aussi. Comme vous. Ils vous aiment et vous considèrent.

Me Agboyibor souffre. Il a vécu cette souffrance dans sa chair à la prison de Lomé. Aujourd’hui les sirènes du clan retentissent à ses oreilles l’invitant aux agapes. Ces agapes seront amères sans une table institutionnelle où repose le plat de résistance qu’est la constitution de 1992 qui détermine les champs de compétences du Premier ministre. Me Agboyibor ne se contentera pas d’un strapontin et ne voudra pas être une « feuille de cigarette » à la Kodjo.

Le Professeur Gnininvi, décoré commandeur des palmes académiques par Faure, souffre. Aujourd’hui les sirènes du clan retentissent à ses oreilles l’invitant aux agapes. Mais l’initiateur de l’énergie solaire à l’UL peut-il devenir le garçon de courses du clan ? La rigueur morale et intellectuelle de l’homme ne permet pas de le penser un instant.

L’économiste Gilchrist Olympio, vétéran de la lutte démocratique, souffre. Depuis la mort de son alter ego Eyadéma, il déambule et se trouve à la croisée de chemin. Aujourd’hui les sirènes du clan retentissent à ses oreilles l’invitant aux agapes. Saura-t-il rester fidèle aux principes fondateurs de son engagement politique initial ? Peut-il traduire en stratégie de conquête du pouvoir politique ces principes initiaux ? A cet égard, il serait judicieux de voir émerger une nouvelle configuration où travailleront ensemble Gilchrist Olympio, Kofi Yamgnane et François Boko.

Les togolais dans leur grande majorité n’attendent rien de ce dialogue. Cependant ils voudraient être agréablement surpris. Le clan ne lâchera rien. Mais la victoire de la lutte pour la liberté et la justice est inéluctable.

Bordeaux, le 1er mai 2006
Par Waste Aregba & Comi Toulabor