30/06/2022

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Trois morts dans des violences au Togo, espoir à Niamey

par John Zodzi

LOME (Reuters) – Au moins trois personnes ont péri samedi lors d’affrontements entre l’armée togolaise et des manifestants à Lomé tandis que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), engagée dans un processus diplomatique, exprimait l’espoir d’une sortie de crise.

Une semaine après la mort de Gnassingbé Eyadéma et la désignation par l’armée d’un de ses fils, Faure Gnassingbé, à sa succession dans des conditions douteuses, une manifestation de l’opposition, qui dénonce un coup d’Etat militaire, a tourné à la violence dans les rues de Lomé.

Au moins trois sympathisants de l’opposition ont été tués au cours de heurts avec les forces de sécurité envoyées disperser la manifestation dans le quartier de Bé, bastion de l’opposition.

Le ministre de l’Intérieur, François Boko, a assuré que les soldats avaient tiré des coups de sommation pour disperser la foule qui encerclait leur véhicule. Selon le gouvernement, deux gendarmes ont été grièvement blessés. Un militaire impliqué dans la mort d’un manifestant a été arrêté, ajoute le communiqué gouvernemental.

En fin de journée, le calme semblait revenu. Soldats, policiers et « bérets rouges », membres d’une unité d’élite, ont pris position aux principaux carrefours de la ville.

ESPOIR DE LA CEDEAO

Parallèlement, une réunion organisée à Niamey, au Niger, entre une délégation togolaise et des représentants de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), s’est achevée sur une note d’espoir.

« L’impression qui s’est dégagée est que les autorités (togolaises) sont (…) soucieuses de sortir de la crise. Il y a beaucoup d’espoir à l’issue de ces discussions », a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Niger, Aïchatou Mindaoudou.

Le chef de l’Etat nigérien, Tandja Mamadou, qui préside la Cedeao, a « demandé aux autorités togolaises de revenir à la raison afin de ne pas se retrouver isolées », a-t-elle ajouté.

Les dirigeants de l’organisation régionale avaient convoqué vendredi la délégation togolaise en menaçant Lomé de sanctions immédiates si elle ne venait pas. Conduite par le Premier ministre, Koffi Sama, celle-ci n’a fait aucun commentaire.

La désignation de Faure Gnassingbé dans les heures qui ont suivi l’annonce du décès de son père, mort après 38 années de règne sans partage, a été dénoncée par les Etats ouest-africains et l’Union africaine, avec l’appui des Nations unies, des Etats-Unis et de la France, ancienne puissance coloniale.

La réunion de Niamey ne visait pas à négocier avec les représentants du nouveau pouvoir togolais, mais à les sommer de revenir à la « légalité constitutionnelle ».

« LE TOGO N’EST PAS UNE MONARCHIE »

La constitution du Togo, avant d’être modifiée au lendemain de la mort d’Eyadéma, prévoyait en effet, en cas de vacance du pouvoir, la tenue d’un scrutin présidentiel anticipé dans un délai de soixante jours, l’intérim revenant au président de l’Assemblée nationale.

Mais le président de la chambre, Fambare Ouattara Natchaba, se trouvait à l’étranger lors du décès d’Eyadéma et a été démis de ses fonctions, tandis que la Constitution du Togo était récrite afin que Faure Gnassingbé puisse rester président jusqu’à la date à laquelle devait expirer le mandat de son père, en 2008.

Samedi, deux mille sympathisants de l’opposition s’étaient rassemblés dans le quartier de Bé en déployant des banderoles frappées de slogans comme « Le Togo n’est pas une monarchie! » et « Le coup d’Etat échouera! », ont rapporté des témoins.

Vendredi, déjà, une manifestation dans le même quartier avait été dispersée par des tirs de grenades lacrymogènes.

Les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes, disant obéir aux consignes du ministère de l’Intérieur qui a interdit toute manifestation durant les deux mois de deuil officiel décrétés après la mort de Gnassingbé Eyadéma.

Harry Olympio, chef du Rassemblement de soutien à la démocratie et au développement (RSDD), a affirmé que les forces de l’ordre avaient aussi ouvert le feu à balles réelles. « Nous continuerons jusqu’au retour à l’ordre constitutionnel », a-t-il cependant prévenu.