08/12/2022

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Un meeting de l’UFC brutalement réprimé à Lomé

M. Jean-Pierre Fabre, le Secrétaire Général de l’Union des Forces de Changement (UFC), a été arrêté le 28 septembre 2002 par les autorités togolaises. Cette arrestation fait suite à une manifestation «interdite » organisée par son parti à la place Fréau à Lomé. Cette place qui est contiguë au Centre Culturel Français est située à presque 600 mètres du Commissariat Central de Lomé. Emmené à la Sûreté Nationale il fut relâché quelques heures plus tard.

La réunion pacifique prévue pour 14 heures, était organisée pour informer et sensibiliser les militants du parti. Elle n’a pu avoir lieu car la place a été occupée par les forces de l’ordre une heure plus tôt. Quant aux militants qui avaient envahi les lieux, ils sont retournés déçus car ils n’ont pu empêcher l’arrestation d’un de leurs leaders. La contestation a été réprimée par des gaz lacrymogènes et des bastonnades.

13 heures 50 : plusieurs véhicules de la police font irruption dans le secteur en guise d’éclaireurs. Une dizaine de minutes plus tard, les premiers militaires sont postés sur les lieux, suivi d’un contingent plus important, 5 minutes après. En l’espace d’un quart d’heure, une centaine de soldats assiège la place et les passants sont subitement surpris de voir des voitures de police et des hommes armés en train de « prendre de l’air » assis sur les parpaings de la clôture du Jardin.

14 heures 45 : un regroupement d’une trentaine de civils s’impatiente en face du Centre Culturel Français ; ils sont venus pour le meeting. Trop exposés au soleil ardent, ils ont décidé de changer d’emplacement, et sont immédiatement suivis dans leur mouvement par une voiture de police. Nullement impressionnés, ils s’installent quand même sous des arbres ombragés et discutent sous la surveillance des policiers.

14 heures 58 : M. Jean-Pierre Fabre arrive le premier parmi les responsables de l’UFC. La discussion tend à l’apaisement, « ils sont engagés mais ne les provoquez surtout pas, nous allons commencer la réunion bientôt » a-t-il lancé à la foule.

15 heures 05 : une voiture Toyota Corolla, immatriculée RT-9734-R, s’immobilise devant la foule, deux policiers interpellent Jean-Pierre Fabre et la discussion s’engage. Elle n’ira pas loin.

15heures 15 : On demande à Jean-Pierre Fabre de monter dans le véhicule. La foule s’interpose et dans ce tumulte trois gaz lacrymogènes sont lancés en direction du public ; le Secrétaire Général du parti est emmené à la Sûreté Nationale. Pendant ce laps de temps des gens (vieilles femmes et conducteurs de taxis-motos) sont copieusement bastonnés. Trois manifestants sont grièvement blessés parmi lesquels une femme dont le visage fut complètement taillader.

15 heures 40 : Présents sur les lieux, le Directeur de l’hebdomadaire Crocodile et Président de l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) échangent des civilités. Ils sont brutalement pris à partie. Francis Pédro Amouzun, est roué de coups de matraques par un individu sorti du véhicule de police immobilisé quelques temps auparavant sur les lieux. Son confrère, qui s’était écarté, a été poursuivi et interpellé : «il y a longtemps que vous êtes dans ce secteur, vous êtes donc prié de vous écarter le plus loin possible, vous nous dérangez». La politesse de celui-ci les a intimidé, il interpelle son président pour prendre de ses nouvelles: « je vais bien mais je vais porter plainte car je n’ai rien fait et je ne dois pas avoir peur dans mon pays ».

La demande pour la manifestation de l’UFC avait été introduite au Ministère de l’Intérieur il y a deux semaines. Mais c’est la veille de la tenue de cette réunion qu’une réponse belliqueuse a été adressée aux responsables de l’UFC leur demandant de signer un engagement. C’était la lettre d’interdiction. La manifestation a été maintenue et une heure plus tôt. M. Jean-Pierre Fabre, contacté au téléphone, s’est montré serein : « la manifestation aura bien lieu parce que nous avons aussi envie de parler à nos militants ».

Ce bras de fer dure depuis plusieurs mois entre Jean Pierre FABRE le secrétaire général de l’UFC et M. WALLA le Ministre de l’Intérieur; nous en sommes à un nouvel épisode et il n’est pas prêt de décrisper la révolte qui couve. L’enjeu est la libération et la démocratisation du Togo.

La rédaction