06/10/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Une vision et une ambition pour le TOGO

Élection présidentielle ou mystification ?

TRIBUNE LIBRE de Armand ADOTEVI (*)

Une échéance électorale majeure se déroulera en début de l’année 2010 au Togo. Il s’agit de l’élection présidentielle. De nombreux candidats semblent vouloir disputer la compétition électorale ; pour autant, ce grand débat national n’aura de sens que si et seulement si il est proposé au peuple Togolais, d’une part, une offre politique innovante soutenue par une vision concrète de développement du pays ; d’autre part, si la rénovation de la pratique politique au Togo est au programme enfin et surtout si le mot « élection » présidentielle à un sens au Togo.

Le 02 Septembre 2009 Monsieur Kofi YAMGNANE s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle de 2010 et a présenté au peuple Togolais un « Projet de société pour un Togo nouveau ».

Il est tentant de s’exclamer : Enfin ! Un candidat qui respecte ses concitoyens et propose du concret en matière de développement et de mieux-vivre !

Pour rappel :

Par lettre en date du 07 Mars 2005 que j’ai pris la liberté de lui faire parvenir par le canal de [son] adresse postale du -Conseil Général du Finistère- à Quimper (France) dont il fut le Vice-président, j’exprimai en mon envoi, mon étonnement qu’accompagna ma désapprobation non feinte s’agissant de l’intention manifestée en 2005 par Monsieur Kofi YANGNANE de se porter candidat à l’élection présidentielle au Togo. Mon étonnement et ma désapprobation furent motivés par le fait que : Sa déclaration de candidature en 2005 venait en violation des dispositions constitutionnelles et stipulations légales en matière électorale au Togo.

Aussi, me suis-je enquis auprès de Monsieur Kofi YAMGNANE de ce qu’il s’était d’une part, effectivement démis de tous ses mandats dans le Finistère, et d’autre part, de ce qu’il avait restitué sa carte de membre éminent du parti socialiste Français.

Le propos que je traçai en Mars 2005 fut également motivé par l’interrogation suivante soulevée par mes soins et soumise à Monsieur Kofi YAMGNANE : « … quoique inféodé à la France, quoique homme politique Français, vous semblez vouloir mener simultanément une carrière politique au Togo à la manière d’un pro-consul ». « Pouvez-vous m’expliquer comment et à quel titre un ancien Ministre Français, un homme politique doté d’une expérience politique acquise dans une vieille démocratie européenne peut s’octroyer le droit de fouler au pied l’acte fondamental fut-il imparfait, d’un pays en voie de démocratisation, d’un pays sous-développé, d’un pays en devenir ? ». Ma missive n’obtint nulle réponse.

Je ne saurai dès lors être soupçonné d’aucune espèce de complaisance à l’égard de Monsieur Kofi YAMGNANE. Le propos ici développé étant animé du seul souci de l’objectivité à l’épreuve des faits. Mon propos est ainsi opposable à tous ceux qui seront candidats à « l’élection » présidentielle au Togo.

Discussion :

Aujourd’hui, la situation de Monsieur Kofi YAMGNANE paraît épurée tant en France qu’au Togo. En ce qu’en France, au plan administratif et politique Monsieur Kofi YAMGNANE citoyen Français est au net. Au Togo, en tous les points prévus d’une part, par la constitution et d’autre part, par les accords de Ouagadougou du 08 Août 2009 ainsi par que les nouvelles dispositions de la loi relative au code électoral adoptées par l’Assemblée Nationale le 22 Août 2009 Monsieur Kofi YAMGNANE citoyen Togolais jouissant de tous ses droits est pleinement éligible.

Il fut un temps où les joutes oratoires d’avant l’accession du Togo à la souveraineté nationale étaient de bonne qualité et d’un bon niveau. Depuis ces temps anciens, c’est la première fois que je perçois au Togo un candidat à « l’élection » présidentielle manifestement respectueux du peuple et proposant aux électeurs un projet de société élaboré et touffu.

Cependant, en matière électorale au Togo de nombreux sujets d’importance subsistent et n’ont à ce jour pas reçu le moindre commencement de clarification ; de sorte que l’usage du mot « élection » au Togo constitue au mieux un abus de langage, au pire une gageure.

ÉLECTION PRESIDENTIELLE OU MYSTIFICATION TROPICALE :

La proposition d’un projet de société ou d’un programme politique fut-elle excellente, si les règles du processus électoral sont d’avance viciées, il y a imposture ; aussi serait-il vain d’échafauder des théories ardues pour une compétition « électorale » qui n’en est pas une.

Si les élections sont par avance carbonisées, il y a perte de temps en dérisoires conjectures. S’il n’y a pas matière à forte confrontation d’idées tendant au développement et au progrès du Togo, les grimoires de toute nature relèvent d’une pathétique gesticulation ayant pour objet d’amuser la galerie ; car les mots ont un sens : Une élection est le libre choix par les citoyens de certains d’entre eux pour la conduite des affaires publiques. Ce procédé permet aussi de choisir une orientation politique.

Dès lors, il convient de savoir quelle signification donne t-on au mot élection en terre Togolaise et quelles en sont les règles ? Si la réponse est : *Composition du corps électoral manipulé, *liste électorale fantaisiste, *bourrage des urnes, *intimidation et violence ; *brutalités et agressions physiques orchestrées, et une *Commission électorale prétendument « indépendante » mais en réalité aux ordres, alors chers amis, faisons l’économie d’un surcroît de foutaises.

À ce jour, des questions primordiales demeurent sans réponses. Depuis 2005, *ni les interrogations relatives à la composition du corps électoral *ni celles relatives à l’émission d’une liste électorale fiable et sincère *ni celles relatives au fâcheux mode de scrutin à un seul tour pour l’élection présidentielle ne sont tranchées. Récemment à Ouagadougou, s’agissant des accords du 08 Août 2009 *seule la question liée à l’assouplissement des conditions d’éligibilité de tous les candidats détenteur d’une tierce nationalité fut réglée.

Pour le reste, c’est de la poudre aux yeux ! C’est de l’esbroufe ! C’est la sinistre [danse du scalp] autour du Facilitateur Burkinabé ! C’est à s’asphyxier de rires si ce n’était cruel ! Tout cela ressemble à de la pantomime à vocation médiatique !

Envisagé une « élection » présidentielle au mode de scrutin à un seul tour au Togo est un chèque en blanc signé et donné aux prestidigitateurs appointés ; envisagé une « élection » présidentielle au mode de scrutin à un seul tour tronque d’emblée le jeu démocratique, fausse le débat démocratique et ne permet pas de poser les vrais enjeux du pays. Envisagé une « élection » présidentielle au mode de scrutin à un seul tour au Togo est un raccourci qui occulte un débat au fond. Ce mode de scrutin à un seul tour permet habilement d’escamoter et de contourner les grands sujets ainsi que les questions capitales pour l’avenir d’un pays.

Le mode de scrutin à un seul tour à un effet direct sur le résultat. Les exemples en la matière sont surabondants en Afrique (…).

Au surplus, un constat mérite d’être dressé sans ambages s’agissant du personnel politique qui compose l’opposition Togolaise. En son sein, un grand nombre semble s’être confortablement notabilisé et est comme vautré dans une forme de léthargie, privilégiant les honneurs que confèrent un statut, les apparats d’une notoriété imméritée, l’œil avidement rivé sur les rondeurs tant souhaitées pour leur compte en banque.

Globalement, le personnel politique de l’opposition Togolaise se rassure au moyen de facéties circonstancielles ! L’opposition Togolaise, avec un personnel politique de cet acabit n’est pas crédible. Un renouvellement complet du personnel politique de l’opposition Togolaise devient une exigence, à peine de durabilité de sa médiocratie.

En conséquence de quoi, je ne suis pas persuadé qu’en l’état, l’usage du mot « élection » soit approprié pour le cas du Togo ; je crains en effet qu’il n’y ait guère d’élection au Togo et que nous nous dirigeons vraisemblablement une fois de plus, vers une vaste plaisanterie.

De tout ce qui précède, c’est sous toutes réserves que je me livre à l’exercice intellectuel ci-après, s’agissant de l’analyse à laquelle je procède du projet de société pour un Togo nouveau.

Ayant lu attentivement le contenu du projet de société que propose Monsieur Kofi YAMGNANE aux Togolaises et Togolais ; j’observe que l’arrimage quoique affecté par quelques oublis substantiels, est néanmoins solide, sérieux, novateur, ambitieux, séduisant, dense, étendu, fourni, et parfaitement articulé.

Les oublis et autres imprécisions :

1) Comment sera financé le « projet de société pour un Togo nouveau » ?

2) Quelle est l’estimation précise poste par poste du coût global de financement du « projet de société pour un Togo nouveau » ?

3) Au sein du budget général, le déroulé et le rythme de la dotation destinée à financer les charges de mise en œuvre du « projet de société pour un Togo nouveau » seront déterminés sur quelles réalités monétaires ? Quels crédits budgétaires abonderont cette unité dérogatoire pour le développement ?

Dans la présentation de son « projet de société pour un Togo nouveau », au chapitre intitulé : -Mes moyens sont connus- Monsieur Kofi YAMGNANE soutient (sic) :  » J’ai des amis dans toutes les régions du pays … j’ai aussi des relations dans le monde entier, des humanistes prêts à lutter à nos côtés » Eh bien que je sache ! Ni les amis ni des relations fussent-ils humanistes ne constituent un mode de financement d’un budget d’État.

Nous avons besoin de sérieux, de crédibilité et de rigueur. Il faut se garder d’infantiliser le peuple Togolais par des affirmations lapidaires assorties d’un catalogue de promesses électorales sans lendemain.

Dans un pays de la sous-région, un ancien Président de la République, auréolé de son statut d’ancien haut dirigeant de la Banque Mondiale, n’a-t-il pas eu de cesse d’invoquer dans ses interventions publiques, telle une litanie sempiternellement psalmodiée : « la Banque Mondiale m’a dit que… la Banque Mondiale m’a dit que … » ; cependant, qu’à l’expiration de son premier mandat, la vie de [ses] concitoyens ne s’améliora guère et le développement du pays en question fut sujet à caution. L’ancien Président de la République dont s’agit, ne fut pas réélu !

Comment donc sera financé le projet de société de Monsieur Kofi YAMGNANE ?

Par ailleurs, Monsieur YAMGNANE reste silencieux sur la diversification et l’intensification de recettes fiscales par la création inéluctable de taxes, prélèvements et impôts nouveaux. D’où ma sollicitation pressante pour une réponse claire sur les financements escomptés.
S’il est envisagé la création d’impôts nouveaux, il est bon de le dire par avance.

Pour mémoire :

En juin 1998, dans un article intitulé : -Les lacunes du droit des affaires harmonisé- dont je suis l’auteur, et qui fut publié dans le bi-mensuel -Jeune Afrique Économie- daté du 1er au 14 Juin 1998, j’estimai que les caisses de [nos] États accusent souvent anormalement, une faiblesse de richesse fiscale et qu’il y a lieu d’une part, d’absorber administrativement le secteur informel et d’autre part, de créer pour celui-ci une fiscalité souple dite par exemple « impôt forfaitaire d’activités intermédiaires ». Ce fut dit !

Aujourd’hui, je me réjoui de constater que onze années après ma suggestion, le gouvernement Togolais marque un intérêt pour l’organisation administrative des activités relevant du secteur informel. Peut-être devrai-je revendiquer la perception de droits d’auteur au titre d’une propriété intellectuelle (rires !).

Plus généralement, le contenu du « projet de société pour un Togo nouveau » proposé par Monsieur Kofi YAMGNANE reste singulièrement muet :

a) S’agissant d’une nécessaire mise à niveau en matière de politique de coopération internationale : Un principe de réciprocité intégrale devra maintenant être inscrit sur l’agenda présidentiel au Togo s’agissant des textes, règlements, directives, dispositions légales et/ou circulaires des pays Occidentaux lorsque ceux-ci présentent un caractère vexatoire ou désobligeant pour les ressortissants Togolais établis à l’étranger.

b) S’agissant de la protection et de la prise en charge des Togolais de l’étranger en situation de péril, un devoir de solidarité de l’État Togolais devra maintenant être inscrit sur l’agenda présidentiel. Ainsi, toutes les fois qu’un Togolais de l’étranger sera abusivement malmené ou se trouvera en danger en quelque endroit du monde, y compris en Afrique, la République du Togo devra élever promptement de très fermes et publiques protestations et procéder si besoin est et en cas de nécessité à tout rapatriement que des évènements exigent.

c) S’agissant des Institutions de la République : *le siège de l’Assemblée Nationale Togolaise établi en les locaux du Palais des Congrès de Lomé relève d’une vulgarité ! Il devra y être mis fin. Un lieu historique situé en bord de mer à proximité de l’hôtel Le Bénin à Lomé destiné à accueillir l’Assemblée Nationale existe ; ce lieu devra être réhabilité en profondeur, restauré, ravalé et réaffecté à son usage initial. En outre, *l’édification à Lomé d’une Cité judiciaire digne de cette appellation ainsi que la construction de Cours et Tribunaux régionaux dans chaque chef lieu de département devra être envisagé avec sérieux.

d) S’agissant des Maires et des conseils municipaux des grandes villes et des villages sur toute l’étendue du territoire national, ils devront dorénavant être élus par les populations locales et non plus désignés sur des critères particulièrement abscons.

e) S’agissant de l’environnement, de la salubrité publique et des lieux d’agrément, *toute la façade maritime de Lomé peut être mise en valeur et plantée de végétaux ; *la réalisation d’un ensemble urbain qui recompose un véritable cœur de ville est à [notre] portée ; *la création de jardins et parcs arborés de végétaux dans Lomé devient une exigence ; *le ramassage régulier et professionnel des ordures ménagères est un impératif de salubrité publique.

f) Une politique volontariste de l’habitat pour tous devra être amorcée au Togo. La construction de logements accessibles en pleine propriété pour toutes les catégories sociologiques de la société Togolaise est souhaitable. De même, l’élaboration d’un plan d’occupation des sols (POS) devient impérative.

g) Aucun candidat à « l’élection » présidentielle au Togo ne pourra valablement énumérer une kyrielle de promesses et s’exonérer à bon compte de toute obligation de résultat. Toute promesse électorale devra être assortie d’un engagement public et solennel tendant à réalisation. À cet effet, l’instauration d’une -Commission populaire d’évaluation et de contrôle- ayant pour objet tous les ans, d’apprécier et de dresser constat de la réalité de mise en œuvre de chaque promesse électorale sera particulièrement opportune.

Il ne me paraît pas malvenu qu’il plaise à Monsieur Kofi YAMGNANE d’intégrer tout ce qui précède à son « projet de société pour un Togo nouveau ».

Conclusion:

Les Togolais sont fatigués ! Les Togolais sont pollués de médiocrité ! Les Togolais sont saturés d’un constant nivellement par le bas ! La majorité silencieuse recherche la quiétude et aspire à redécouvrir un Togo propre, un Togo fier, un Togo libre, un Togo prospère, un Togo compétitif, un Togo démocratique, un Togo moderne, un Togo où l’on peut se faire soigner sans crainte de passer en raison de la vacuité des sites de soins hospitaliers de vie à trépas pour une simple toux !

Un Togo économiquement dynamique, un Togo rayonnant au plan régional et international, un Togo qui assure à chaque citoyen une formation scolaire, universitaire ou professionnelle.

Chaque Togolais est à bon droit, légitimement fondé à être réceptif ou rétif au discours de tel ou tel dirigeant politique ; ainsi va le débat démocratique, ainsi va la confrontation des idées. Mais de grâce, il nous faut maintenant du contenu étayé et scrupuleusement chiffré, du sérieux et du concret. C’est pourquoi, le peuple Togolais devra être épargné de rhétorique démagogique et/ou de considérations oniriques, si et seulement le mot « élection » prend tout son sens au Togo.

Pour l’heure, le « projet de société pour un Togo nouveau » que propose Monsieur Kofi YAMGNANE en dépit des quelques écueils épars, néanmoins significatifs que j’y relève me paraît à plus d’un titre attrayant et ouvre la voie qui hisse haut le débat.

Il revient maintenant à tous les autres candidats de maintenir élevé le niveau des débats en proposant à leur tour, un programme concret, une vision et une ambition pour le Togo. Chacun décidera sur pièce.

La démocratie, c’est aussi et surtout le choix laissé à chaque citoyen de librement se déterminer sur la base des offres politiques qui sont soumises à son appréciation.

(*)Armand ADOTEVI
Courriel: ado_hoff.consulting@yahoo.fr