28/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Togo: A propos du dialogue national et de ses objectifs

Préambule

Dans ses communications des 27 février et 18 mars 2005, initiative 150 avait préconisé des solutions de sortie de crise au Togo, puis fait appel à la communauté internationale pour qu’elle n’entérine pas le coup de force électoral qui se préparait. Les violences qui ont accompagné l’élection présidentielle d’avril dernier ont fait « entre 400 et 500 morts », selon le rapport publié le 29 août 2005 par une mission des Nations Unies, qui attribue « la responsabilité principale » de ces violences au pouvoir en place. Les suites de ce rapport sont attendues par tous, en particulier celles que l’Organisation des Nations Unies voudra bien donner au rapport qu’elle a commandité. Le peuple, quant à lui, peut toujours crier sa douleur, mais pour se manifester, la Solidarité Internationale semble avoir besoin de plus d’ingrédients malheureux ; plus de morts et de bras coupés, plus de viols que ceux que le rapport de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) a répertoriés, après le rapport de l’ONU.

Le constat amer est que les pertes en vies humaines n’ont servi à rien, ou plutôt qu’elles n’ont servi qu’à installer le régime Eyadéma dans la durée. Dans la configuration actuelle de fonctionnement de l’Etat, en tout point similaire à celle prévalant avant la sanglante prise de pouvoir de l’équipe Faure Gnassingbé, les germes d’un énième soulèvement populaire ne peuvent donc que se renforcer, avec comme corollaire, la certitude d’une autre violente répression. Le dialogue politique inter togolais dont la seule finalité est l’organisation d’élections législatives et locales ne résoudra pas le problème de fond : les élections servent à exercer le pouvoir, les institutions démocratiques servent à en contenir les abus potentiels. Initiative 150 insiste donc lourdement sur le fait que toute partie prenante au problème togolais doit s’atteler à doter le pays d’institutions démocratiques fortes, pas de renforcer un exercice absolu du pouvoir, au travers d’un appareil politique répressif grossièrement validé par des élections.

A propos du mémorandum introductif au dialogue inter togolais

Il est important dans l’histoire moderne du Togo, de faire la constatation liminaire selon laquelle l’exercice du pouvoir s’est toujours appuyé sur deux concepts extrêmement puissants, la volonté d’exclusion, et l’impunité. Deux concepts vieux comme le monde, mais désormais incompatibles avec une Afrique qui aspire au progrès et à la modernité. A l’heure où d’autres putschistes africains se préparent à laisser le pouvoir au peuple, ceux du Togo ne semblent pas prêts à se repentir.

De façon intéressante, le ‘’mémorandum introductif au dialogue inter togolais’’ essaye de convaincre le peuple togolais, mais surtout la Communauté Internationale, que le pouvoir actuel est prêt à scier la branche sur laquelle il est perché, et qu’il ne lui manque que la scie. Autrement dit, ce régime serait tout d’un coup disposé à doter le Togo d’institutions démocratiques, après s’être hissé au pouvoir par l’arbitraire. La finalité même de la rencontre manque volontairement d’ambition, puisqu’elle se limite à l’organisation d’élections législatives et locales, s’appuyant sur une réconciliation du peuple avec ses bourreaux. Comme le disait le rapport de l’ONU cité plus haut, la Réconciliation ne peut s’appuyer que sur la Vérité, et la Justice. Si le vœu pieu de l’alternance politique se réalisait dans ces conditions minimales, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), habitué à exercer le pouvoir par les armes, se remettrait très rapidement en selle, avec en prime l’étonnement naïf de la Communauté Internationale.

Bien qu’une concertation sur l’avenir du pays ne puisse s’ouvrir à tous et laisser place à la cacophonie, la société civile se doit d’être fortement impliquée dans tout projet national.

Trois leviers prioritaires d’action

I – La Communauté Internationale:

C’est sur l’établissement de la vérité sur les faits, et l’arrêt de la caution implicite donnée à l’impunité que l’action de la Communauté Internationale sera évaluée par le Peuple Togolais, meurtri par une violence physique et morale systématique. Jusqu’ici, les solutions expéditives proposées : élections truquées et assorties d’étranges déclarations de conformité, dialogues nationaux pilotés, etc. ne serviront qu’à cautionner la prise du pouvoir par la force, et à faire au pire des émules, au mieux des émigrants en quête d’une meilleure pitance. Dans les deux cas des abus restent impunis et un peuple, sans avenir, délibérément défait de ses droits. L’implication récente d’organisations telles la Commission Européenne ou la CEDEAO dans la crise togolaise, à défaut d’être salutaire, sera lue avec un œil nouveau, et objectivement critique.

Violence, médiocrité et habillages grossiers doivent enfin laisser place au travail et la recherche du bien-être de tous. Pour cela, le seul véritable service que la Communauté Internationale puisse rendre aux Togolais est de les aider à transformer une armée manipulée par un pouvoir en une Armée Républicaine. Tout le reste n’est que tripatouillage, amateurisme, gauche duperie. Lord Ralf Darhendorf, ancien recteur de la London School of Economics disait à l’endroit de la Communauté Internationale : ‘’il ne suffit pas de promouvoir, organiser ou surveiller des élections dans des pays jusqu’ici non démocratiques,…l’histoire a montré qu’une loi d’habilitation suffit à démonter l’autorité de la loi, et à la remplacer par une tyrannie idéologique, comme lorsque Hitler est arrivé au pouvoir en Allemagne’’. La tyrannie idéologique actuelle au Togo est de faire croire à un peuple diversement éduqué que les élections sont la solution à ses problèmes, alors que des institutions qui fonctionnent correctement sont le préalable à l’existence même de la nation.

II – Les institutions togolaises:

L’attitude des responsables des institutions togolaises qui ont apporté leur caution au régime en place tant lors du coup d’Etat de Février 2005 que des élections présidentielles truquées, démontre les limites du « dialogue inter togolais » initié par ce même pouvoir. Il serait donc illusoire d’espérer une mise en œuvre franche et honnête des recommandations qui seront issues de ce dialogue si les Institutions actuelles ne sont pas dépoussiérées, avec à leur tête des hommes nouveaux, si possible issus des différentes sensibilités politiques du pays.

2006 se doit d’être l’année de la reconstruction d’un véritable Etat, basé sur des institutions démocratiques solides pouvant assurer les principes de Justice, et de Sécurité, ainsi que la recherche du Bien-être de tous. Pour cela, il nous faut déployer un effort collectif sans précédent, basé sur (1) le rejet de toute compromission, première cause de complice passivité, et (2) la constitution d’une société civile multiple, forte et organisée, pilier le plus puissant d’une véritable démocratie. Il s’agit ici de se faire une haute idée de notre Peuple et de l’Avenir qu’il mérite, pour accepter de ne plus cautionner les bassesses initiées par un régime inique, violent, et corrompu, en l’aidant à afficher sans vergogne à l’endroit de la Communauté Internationale une image faussement dénuée de tâche. Gandhi disait bien à propos: ’’We must be the change we wish to see’’.

III – Le Peuple Togolais:

Le peuple togolais a indéniablement besoin d’un dialogue inter togolais. Mais si les déclarations d’intention concernant la réconciliation et l’avènement d’un Etat de droit démocratique sont sincères, deux questions centrales doivent être à l’ordre du jour de ce dialogue : la fin de l’impunité et la neutralité absolue de l’armée.

Aux silences complices et coupables Initiative 150 continuera d’opposer sa soif de liberté et de modernité et fait appel en particulier à Monsieur Kofi Annan, Secrétaire Général de l’ONU, pour que son organisation soit à la hauteur de ses propres préconisations de sortie de crise : ’le triptyque Vérité-Justice-Réconciliation constitue le fondement central de tout programme durable de règlement en profondeur de la crise’’. Nos préconisations de sortie de crise demeurent grandement d’actualité, une fois cette réconciliation sincère acceptée par tous et la neutralité de ‘armée acquise.

Parce que c’est le sens de l’histoire, la révolution démocratique se fera, avec ou sans l’accord des  »amis intimes », ou de ceux prompts à concocter des solutions hâtives et illusoires.

Fait le 13 Décembre 2005
initiative150
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