08/08/2022

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Aîmé GOGUE: »la seule façon d’acculer le régime en place …. »

Monsieur le 1er Vice Président, quelle est la position de l’ADDI par rapport à l’Accord Politique Globale et au Gouvernement d’Union Nationale ?

M. Aîmé GOGUE (ADDI): L’ADDI a eu à prendre position dès le début du Dialogue Inter togolais et après la signature de l’Accord Politique Global (APG). Comme la très large majorité des Togolais, nous avions placé beaucoup d’espoir en ce Dialogue. L’ADDI a fortement regretté ne pas avoir été invitée à participer directement au Dialogue. Mais, convaincue que ceux qui s’étaient coptés étaient conscients de l’acuité des problèmes que vivait la population et étaient animés d’une réelle volonté de rechercher un début de solution à la crise togolaise, l’ADDI avait accepté les soutenir et les accompagner dans le processus. Le Président du Dialogue mettait à la disposition de l’ADDI les documents ; nous avions également maintenu des contacts réguliers avec le CAR, la CDPA et l’UFC. Nous avions pu ainsi suivre constamment les travaux et verser nos contributions aux dossiers du Dialogue. Mais lorsqu’il s’était agi du choix du médiateur et de la poursuite du Dialogue à Ouagadougou, l’ADDI n’a plus été associée. L’APG était loin des attentes de la population, car contenant trop d’insuffisances. On a le sentiment que le dialogue inter togolais n’avait servi qu’à légitimer les résultats du scrutin d’avril 2005. Quelle opportunité de gâchée !

L’ADDI avait espéré que la mise en œuvre intégrale de l’APG, en commençant par la formation du Gouvernement d’Union Nationale, permettrait à tous les signataires et aux non signataires de l’APG, de corriger ces insuffisances en étant ensemble. Malheureusement, la composition du Gouvernement, sans oublier la procédure suivie pour sa formation, suggère que le régime en place ne manifeste aucune volonté à l’ouverture politique qu’il proclame.

Comment appréciez-vous les déclarations du leader de l’UFC à la nomination de Me Agboyibor au poste de Premier Ministre ?

Aîmé GOGUE : Monsieur Gilchrist Olympio, leader de l’UFC, n’aurait pas dû faire une telle déclaration ; il aurait dû attendre la formation du Gouvernement, dont la composition semble lui donner raison, avant de donner son appréciation. Il y aurait un accord tacite suivant lequel le poste de Premier Ministre reviendrait à une personnalité de l’UFC. S’il y avait un accord tacite, son non respect est très grave et confirme la mauvaise foi du régime en place. L’ADDI est donc très surprise que des gens reprochent à l’UFC de ne pas avoir obtenu que cet accord tacite soit écrit et signé. Dans le monde il y a toute une multitude d’accords tacites qui valent autant que les accords écrits et signés. Ce ne sera ni la première fois, ni la dernière fois dans la vie de l’humanité. L’ADDI regrette qu’il n’y ait pas eu suffisamment d’efforts pour amener l’UFC à participer au Gouvernement s’il le désirait.
Tout s’est passé comme si l’on ne voulait pas d’elle tout comme de l’ADDI qui n’a d’ailleurs pu donner son avis sur son désir de participer ou de ne pas participer au GUN puisqu’elle n’a pas été consultée. Le fait que Me
Agboyibor ait été membre de la Coalition est une bonne chose. L’ADDI ne crois cependant pas qu’avoir été Président du Dialogue le qualifiait outre mesure. Mais la population se demande s’il aura les moyens de la politique qu’il veut mener, nommé dans les conditions comme il l’a été et avec des membres de Gouvernement qui lui ont été, apparemment, imposés.
L’ADDI est également surpris que l’on ait très vite fait d’oublier les concessions faites par l’opposition en ne revenant pas sur le contentieux du scrutin présidentiel de 2005 ! Malgré ces errements, nous pensons à l’ADDI qu’il faille donner une chance au Gouvernement. C’est la seule façon d’acculer le régime en place à prouver sa bonne ou sa mauvaise volonté de respecter ses engagements les plus significatifs : l’organisation d’élections législatives transparentes.

Quelle est la relation entre l’ADDI et les autres partis de la Coalition?

Aîmé GOGUE : La Coalition avait été mise en place pour les élections présidentielles de 2005. L’ADDI avait espéré que les partis politiques de cette organisation auraient pu maintenir cette structure jusqu’à une amélioration de la situation politique dans le pays. Après l’échec de ses tentatives pour que les partis de la Coalition forment une seule délégation pour le Dialogue Inter Togolais, l’ADDI a poursuivi ses efforts pour que ces partis coordonnent leurs positions lors du Dialogue ; et ce jusqu’à la veille des négociations à Ouagadougou. L’ADDI n’a pas été écoutée. Avions-nous eu raison ou tort ? Certains des partis de la Coalition peuvent s’estimer gagnant car ayant eu des postes de ministres. L’objectif de l’ADDI demeure l’instauration et la consolidation de la démocratie au Togo. L’ADDI travaillera avec tous les partis qui poursuivent ces mêmes objectifs.

4) Compte tenu de la configuration politique actuelle, pensez-vous qu’un seul parti puisse avoir la majorité absolue lors des prochaines législatives ?

Aîmé GOGUE : Il est très difficile de répondre à une telle question. Ce qui est important, c’est que des conditions pour des élections libres, transparentes, multipartites et démocratiques soient réalisées. Il est également important que les partis politiques profitent de la période avant les élections pour une éducation civique afin que les Togolaises et les Togolais puissent se comprendre, se tolérer et travailler et vivre ensemble dans l’harmonie. On ne peut cependant pas a priori exclure la possibilité qu’un seul parti gagne la majorité absolue lors des prochaines législatives. Nous espérons que dans ce cas ce sera un parti de la Coalition. Au cas où aucun parti n’est en mesure de réaliser une telle performance, l’ADDI souhaiterait que toutes les forces démocratiques puissent se mettre ensemble pour balayer le régime en place afin qu’il y ait un véritable changement démocratique au Togo.

Est-ce que l’ADDI ira aux élections ? Si oui, comment se prépare t-elle ?

Aîmé GOGUE : Bien sûr que l’ADDI entend participer aux prochaines consultations législatives. Les élections se gagnent par le vote des électeurs. A cet effet, l’ADDI a commencé à renouveler et à renforcer ses structures locales. Mais comme indiqué ci dessus, les conditions de transparence sont nécessaires pour la réussite électorale des partis comme l’ADDI. C’est pour cette raison que nous nous préparons à nous impliquer le plus activement possible en vue de contribuer à l’amélioration de toutes les étapes du processus électoral. Nous espérons que les subventions prévues pour les partis politiques ne soient pas attribuées exclusivement aux partis politiques signataires de l’Accord Politique Global.

Interview réalisée par Liberté HEBDO