05/12/2022

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Déclaration de la CPP

(Convergence Patriotique Panafricaine (CPP), Lomé, Togo, 23 juin 2003)

Le vendredi 20 juin 2003, le Président Eyadéma a prêté serment pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête du Togo, suite à l’élection présidentielle du 1er juin dernier.

Par delà le caractère formel des institutions de la République, la CPP (Convergence Patriotique Panafricaine) tient à faire savoir que cette investiture est nulle et non avenue et ne changera malheureusement rien dans la vie du peuple togolais, spolié de son vote en faveur du changement.

Ce pseudo nouveau mandat qu’inaugure M. Eyadéma constitue la concrétisation de quelques années de misère et de désespoir de plus pour la grande majorité de nos concitoyens, qui ont montré par leur immense mobilisation et leur vote massif en faveur de l’opposition, qu’ils aspirent fondamentalement à être gouverné autrement.

La CPP réaffirme que les résultats du scrutin présidentiel du 01 juin 2003 publié par la CENI et dénoncé par son vice-président, relèvent d’une vaste escroquerie qui ne reflète nullement le verdict des urnes. La CPP a en l’occurrence, déposé un recours devant la cour constitutionnelle, remettant totalement en cause ces chiffres de la CENI.

S’agissant du message du chef de l’État par lequel il convie le peuple à se réconcilier et à la formation d’un gouvernement d’union nationale, la CPP s’indigne de savoir qu’après 36 ans de règne absolu, le Président Eyadéma en soit encore à parler de la réconciliation des fils de ce pays, alors qu’il est arrivé au pouvoir sur ce thème. C’est la preuve de l’échec d’une politique qui divise les togolais et les manipule les uns contre les autres depuis plusieurs années.

Quant à la formation d’un gouvernement regroupant les diverses formations politiques, la CPP estime que cela prêterait à sourire s’il ne s’agissait pas de problèmes sérieux concernant la vie de toute une nation. C’est en réalité, la reconnaissance implicite que la crise profonde que traverse le Togo depuis plusieurs années persiste et perdure et qu’il faut des solutions courageuses plutôt que de faire du rafistolage.

Pour la CPP, ce gouvernement d’union nationale ne peut servir la cause du peuple togolais, que s’il a pour objectif:

1- la reprise de l’élection présidentielle;
2- l’organisation des élections législatives et locales sous la double exigence d’équité et de transparence avec l’appui d’experts internationaux impartiaux et reconnus comme tels;

3- la révision consensuelle de la constitution et la modification du code électoral. Cela suppose:

– l’organisation d’une alternance naturelle, consensuelle et datée, paisible et non violente à la tête de l’État;
– le respect des partis politiques de l’opposition et de leurs militants dans l’exercice légal de leurs activités sans qu’aucune partie du territoire ne leur soit fermée par des préfets qui exécutent des ordres contraires à la loi et qui mettent la vie d’honnêtes citoyens en danger;
– l’accès sans restrictions arbitraires des partis politiques à tous les médias publics et la couverture systématique de toutes leurs activités politiques comme le recommande la loi;
– le vote de la loi sur le financement des partis politiques;
– une gestion des richesses nationales qui profite à tous;
– l’amélioration des conditions de vie des Togolais.

Voilà les conditions qui peuvent selon la CPP, rendre ce gouvernement d’union nationale, gouvernement de crise, utile et viable pour le peuple togolais.
En revanche si l’objectif de la main tendue du chef de l’État est uniquement d’emmener comme toujours, certains membres de l’opposition à la soupe, la CPP ne peut accepter ce genre de main qui en réalité n’a jamais été tendue mais constitue une volonté de compromettre l’opposition en vue de la discréditer aux yeux de la population et de la communauté internationale. Le Togo et les Togolais ont aujourd’hui besoin de solutions courageuses et sérieuses qui seules, peuvent leur permettre de sortir de l’impasse dans laquelle ils ont été solidement enfermés.

La CPP a par ailleurs tiré toutes les conséquences de la mascarade des élections de juin 2003 et de l’attitude suicidaire de la classe politique togolaise.

La CPP continuera résolument la lutte contre la dictature en étant solidement ancrée dans l’opposition mais oeuvrera en suivant systématiquement la ligne qui a toujours été la sienne, c’est à dire la recherche de solutions réalistes et réalisables pour sortir à court terme, le peuple togolais des griffes du clan Eyadéma.

La CPP, tout en combattant fermement la dictature, ne sera jamais un marchand d’illusions et ne proposera pas au Peuple togolais, des chimères qu’elle ne peut réaliser.

Par conséquent, la CPP soutiendra toutes actions pacifiques qui seront entreprises en vue de combattre la dictature et de faire de la démocratie, une réalité dans notre pays.

La CPP représente un courant politique important au Togo et cela s’est encore vérifié par l’enthousiasme renouvelé des populations togolaises face au message qu’elle a livré sur toute l’étendue du territoire pendant la campagne électorale.

La CPP saisit encore une fois l’occasion pour remercier toutes les Togolaises et tous les Togolais qui ont adhéré à son programme de gouvernement et à sa volonté de changement et demande à ses militants de maintenir cette flamme qui sera consolidée lors du Conseil national du parti qui aura lieu au mois de juillet 2003.

La CPP demande à ses militants et à ses responsables à tous les niveaux de rester mobilisés pour continuer la lutte dans le cadre du parti, car nous vaincrons parce que notre cause est juste.

Fait à Lomé le 23 juin 2003,
Pour le Comité directeur
Le vice-président
Alassani Issa-Samarou