04/12/2022

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Evala : Lutter pour devenir un homme

Aucun Kabyé digne de ce nom ne manquerait le rendez-vous annuel des Evala mi-juillet. Cette cérémonie qui est le rite de passage des jeunes hommes à l’age adulte, est aussi une fenêtre sur la lutte traditionnelle au Togo.

A la mi-juillet, le pays kabyé, au Nord du Togo, se mobilise pour célébrer les Evala, la fête des muscles. Ces rencontres de lutte traditionnelle sont un savant mélange entre rite initiatique – il symbolise pour les hommes kabyé le passage à l’âge adulte – et sport. Cette manifestation est un moment unique de communion et de retrouvailles pour « les paysans de la pierre » (ce terme renvoie à l’habileté des Kabyè à cultiver sur un sol rocailleux igname, mil, coton, arachide etc.) Cette fête traditionnelle dont la date est déterminée par le calendrier lunaire, constitue l’un des évènements culturels majeurs du très riche patrimoine togolais.

POUR ACCEDER A LA COUR DES GRANDS

Les Evala sont un passage obligé pour tout jeune kabyè. A 18 ans, après avoir respecté plusieurs consignes rituelles, il deviendra un évalo (lutteur en langue kabyè) et luttera pendant trois années consécutives. Le nouvel initié a le droit de se marier, de s’adresser à un marabout et d’aller à la guerre. Autrefois, les Evala permettaient de sélectionner les meilleurs guerriers de la région kabyé en proie à de nombreux conflits entre clans. La fête des muscles est l’occasion pour les jeunes hommes de montrer leur bravoure en se mesurant les uns aux autres. Ils combattent aussi pour l’honneur des leurs, le plus habilement possible pour se préserver d’éventuelles blessures dont ils ne sauraient se plaindre.

Pour cela, ils se préparent en s’isolant une semaine avant les combats pendant laquelle ils consomment de la viande de chien. Animal doté, selon les Kabyè, de nombreuses qualités telles la ruse et l’endurance. Le Jour J, torses et mains nus, les lutteurs s’acharnent, sans porter de coups, à faire mordre la poussière à leur vis-à-vis. Au fil des présélections à l’échelle des quartiers et des villages, les meilleurs combattants appartenant à la même tranche d’âge, sont appelés à s’affronter. Chaque équipe forme plusieurs rangs de lutteurs, le premier rang est composé des meilleurs. Les valeureux combattants sont encouragés par de nombreux supporters.

TOUT LE PAYS KABYE EN LIESSE

Le corps maculé de peinture blanche, les « ambianceurs », plus âgés que les Evalas, agitent pendant des heures une petite cloche sur laquelle vient taper une bague en fer produisant une mélodie lancinante. Rythme sur lequel la foule enivrée par le tchouk se trémousse. Cette boisson brune, légèrement mousseuse, amère et peu alcoolisée se boit tiède. Elle est préparée exclusivement par les femmes, à partir de la farine de mil fermentée qu’elles font légèrement cuire. Elle est conservée dans des jarres en terre cuite ou dans des seaux en plastique.

Les lutteurs sont également soutenus par les jeunes filles qui distillent des paroles d’encouragement. Tout comme les chefs de villages et les notables transformés, pour l’occasion, en « coachs ». Enfin, les familles et les villageois suivent avec passion les mouvements des lutteurs sur un terrain brut, souvent parsemé de pierres et de roches. En cas de victoire, ils porteront en triomphe leurs champions. L’équivalent des Evala chez les jeunes filles Kabyè est l’Akpéma.

La rédaction letogolais.com

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