08/12/2022

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Francisco Lawson, la révérence du «Capitaine»

La révérence d’un combattant de la première heure…

Par Franck EKON

Son départ portera la marque de tout son périple parmi nous: discret mais poignant. A l’instar de ses nombreux concitoyens qui se sont battus pour l’avènement d’un Togo plus libre,, Francisco Latevi Lawson à l’âge de 63 ans est parti avant d’avoir vu la réalisation de ce rêve pour lequel il a consacré sa vie.

Pour de nombreux togolais attachés aux vertus de la liberté politique et de la démocratie, le nom de Francisco Latevi Lawson est porteur d’un symbolisme assez fort: cet officier de formation ne s’est jamais caché de son engagement à l’édification d’un Togo débarrassé de la dictature et de ses tentacules. L’évocation de ce nom est en outre rattaché au souvenir de certains togolais qui, la mort dans l’âme, ont dû se résoudre à quitter leur pays pour échapper aux premières manifestations de la paranoïa du pouvoir du dictateur Eyadéma. Ce mardi 16 décembre 2003, la nouvelle de sa disparition est chargée d’une forte émotion. A un moment où les valeurs humaines se font rares dans le microcosme politique togolais, la perte de références comme le Capitaine Lawson n’en est que plus durement ressentie par les populations.

Un regard en profondeur sur le parcours de Fransisco Lawson ainsi qu’un tour rapide de ceux qui l’ont vraiment connu permettent de se rendre compte de la qualité de vie de l’homme: ancien pensionnaire du collège Saint-Joseph de Lomé, le jeune Francisco fait ses premières armes dans un cadre appelé à modeler les futurs cadres de l’administration togolaise. C’est certainement la vigueur de la formation dispensée dans cet environnement austère alliée au dynamisme du jeune homme qui l’amèneront plus tard à l’Académie militaire de Saint-Cyr en France pour une spécialisation en génie civil parallèlement à la formation militaire. Pour avoir une idée de la qualité de cette « couvée Saint-cyrienne » il suffit d’interroger les registres de l’époque: Rainhilf Koffi Kongo, Emmanuel Ezin, Paul Comlan et Eugène Koffi Tépé pour ne citer que ceux là, passeront également par la prestigieuse institution avant de rejoindre les rangs de l’armée togolaise. Le sens du devoir de cet homme et l’importance accrue qu’il accordait à la rigueur dans l’accomplissement de son travail lui valurent d’être estimé et respecté aussi bien au sein de l’armée que dans les autres sphères de ses pérégrinations. Aux commandes de l’ancienne Compagnie énergie électrique du Togo (CEET, aujourd’hui Togo-électricité), Francisco Lawson s’est vigoureusement attelé au chantier de l’électrification de Lomé et de ses environs dans les années 1970. Les loméens d’aujourd’hui savent-ils à quel point le Capitaine Lawson faisait de la réalisation de cette œuvre une question d’honneur et de nationalisme?

A une époque où le vocabulaire togolais ne s’était pas encore enrichi du concept de « militaire démocrate », les vues du Capitaine Francisco Lawson étaient loin d’être en phase avec celles des actuels dirigeants togolais. Régulièrement suspecté d' »intelligence avec l’ennemi », le Capitaine Lawson restait serein dans ses missions et faisait preuve d’une grande maîtrise de soi dans une ambiance où les provocations et les pièges de diverses natures commençaient par devenir le bréviaire des mandarins de l’armée togolaise. Avec Lawson Merlaud, Sanvee Kouao, Kodjovi de Souza et Jean Kouassi Sanvee de Tové, le Capitaine Francisco Lawson sera accusé d’avoir partie liée avec des mercenaires projetant un coup de main au Togo en 1977. Dans une affaire qui restera certainement dans les annales de l’histoire comme un « label de mensonges et de chasse aux sorcières », l’armée togolaise venait d’inaugurer dans ses rangs un système d’épuration qui emportera notamment Kongo et Comlan.

Jugé et condamné à mort par défaut par la cour de sûreté de l’Etat, le capitaine Lawson expérimentera pendant de longues années les souffrances de l’exil et l’insoutenable sentiment de ne plus pouvoir se mettre au service de ce pays qu’il aimait tant. Rentré au Togo en 1991 à la faveur de l’amnistie arrachée au pouvoir par les populations, celui qui nous quitte aujourd’hui put de nouveau embrasser son sol natal et renouer avec son pays, ce que lui-même aimait nommer « le cordon ombilical qui me lie à la mère patrie. » « Francisco Lawson est la manifestation vivante du togolais de cette génération: instruit, entièrement volontariste et motivé pour faire bouger les choses; je retiendrai de lui son désir toujours constant de faire quelque chose pour son pays », se rappelle M. Ames qui l’a personnellement connu.

Nationaliste convaincu et amoureux de son pays, Fransisco Lawson est allé sur la montagne, il a vu de ses yeux la terre promise, il a contemplé la verdeur de sa végétation ainsi que la félicité dans laquelle vivront ses enfants; puisse sa qualité de vie, l’exemple de sa combativité et surtout sa propension, démontrée à la conférence nationale, à assumer avec humilité ses atouts et ses faiblesses soit pour le Togo, aujourd’hui que nous le pleurons, un testament à méditer.

La rédaction letogolais.com