03/12/2022

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Gnininvi : « l’opposition doit parler d’une seule voix »

« Que l’opposition évite de reproduire ses erreurs… »

Acteur de poids des différentes négociations entre pouvoir et opposition, le leader de la Convention démocratique des peuples Africains(CDPA) sait de quoi il parle : avertissant ses amis de l’opposition de la « culture du mensonge » propre au camp présidentiel, Léopold Gnininvi en appelle à la convergence des initiatives pour le changement et surtout à la pression de la société civile. Arrêt sur un « discours de la méthode » dans une ambiance de torpeur généralisée…

Franck Ekon.

Pour le professeur Gnininvi, les références en matière de négociation avec le pouvoir sont nombreuses, mais également riches d’enseignement par rapport à une ligne de conduite. Voilà certainement pourquoi [le communiqué->http://www.letogolais.com/article.html?nid=1262] élaboré par son parti le 6 mars dernier est sans ambiguïté là-dessus : évoquant pêle-mêle la Conférence nationale souveraine, la Commission mixte paritaire, les accords de Colmar et de Ouaga ainsi que l’accord-cadre de Lomé, dernier mort-né des discussions entre le pouvoir et l’ opposition, la CDPA rappelle comment toutes ces occasions de faire avancer les choses dans le pays se sont révélées « des marchés de dupes ».
Dans un environnement politique fortement caractérisé par l’euphorie affichée de certaines formations de l’opposition par rapport à un énième dialogue en perspective avec le pouvoir du général Eyadéma, la CDPA met le holà et appelle à « tirer les leçons » de cette situation en mettant surtout en avant les souffrances et la paupérisation croissante d’une population désemparée. «Que l’opposition évite de reproduire les mêmes erreurs consistant à dialoguer en rangs dispersés avec le régime », souligne le parti du professeur Gnininvi dans son communiqué au moment où certaines « chapelles » du front anti-Eyadéma se positionnent pour engager individuellement des contacts avec le pouvoir dans l’éventualité des discussions entre l’Union européenne et le Togo en vue de la reprise de l’aide internationale au pays.

Peu présente depuis le scrutin présidentiel de juin 2003 et la « reconduite » contestée du général Eyadéma au pouvoir, les principaux partis politiques de l’opposition togolaise connaissent ces derniers temps un regain d’activité et l’idée de prochaines discussions avec le camp présidentiel ( même en l’absence d’un calendrier connu), se précise de plus en plus dans les différents Etats-majors. Cela suffit à réveiller certains vieux démons qui ont antérieurement plombé la cohésion des forces politiques en lutte contre la dictature qui sévit actuellement au Togo. « Toute initiative isolée ne peut que faire objectivement le jeu du régime », avertit la CDPA en insistant sur la « nécessité de se présenter en bloc homogène et de se mettre d’accord sur une plate-forme commune » face à un pouvoir passé maître dans l’art de torpiller les accords et de les vider de leurs éléments substantiels.
Un point de vue largement partagé au sein de la famille de l’opposition et souvent brandi en slogan, mais qui a du mal à s’imposer véritablement en raison de l’hypocrisie qui caractérise généralement les rapports entre les différents chefs de parti et surtout d’une propension assez marquée à « faire cavalier seul ».

Mais c’est surtout à la société civile que le parti de Léopold Gnininvi semble adresser un message fort : « que la société civile ne se décourage pas ;bien au contraire, en cette période délicate de notre histoire, sa mobilisation est plus que jamais nécessaire », précise le parti dans le texte mettant l’accent sur un indispensable sursaut des forces populaires en vue des échéances majeures qui se profilent à l’horizon. Très présents aux temps forts de la lutte contre le régime du général Eyadéma dans les années 1990, syndicats, mouvements estudiantins, regroupements de femmes et associations de jeunes ont connu dernièrement une baisse de régime, conséquence d’une implacable répression mais aussi à cause des nombreuses incohérences imputables à la division et aux bégaiements d’une classe politique qui se cherchait. « Elle doit absolument exercer sa pression aussi bien sur le pouvoir que sur l’opposition », poursuit le professeur Gnininvi dans son appel à la société civile . Pour le leader de la CDPA, la communauté internationale doit également accompagner la volonté de changement et d’alternance dans le pays en s’impliquant « efficacement » comme elle le fait dans d’autres pays comme la Côte d’Ivoire ou la Sierra-Leone et « amener les autorités togolaises à cesser le dilatoire et à s’associer à la recherche d’une solution à la crise politique ».

Echaudée par les divers ratages au terme des négociations passées, l’opposition devrait bien logiquement aquiescer à cette « méthodologie de l’action rigoureuse » pour en finir avec ce qui reste d’un régime impopulaire. En espérant que pour une fois les sempiternels atermoiements ne prendront pas le pas sur une nette volonté de mettre fin à une situation qui n’a que trop duré.

La redaction letogolais.com

Lire également:
[Déclaration de la CDPA du 06/03/04->http://www.letogolais.com/article.html?nid=1262]
[Interview LéOPOLD GNININVI du 23/11/03->http://www.letogolais.com/article.html?nid=1176]