28/09/2022

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Kofi YAMGNANE: « Notre vrai rêve est africain »

Par Kofi YAMGNANE

Le retour au Togo natal

C’est vrai, je suis souvent présenté comme le Français d’origine africaine le mieux intégré. Et pourtant, je retourne au Togo où je suis né. Je veux vous dire aujourd’hui que l’Afrique n’a jamais été exclue de mon projet de vie d’homme.

J’ai donné ma jeunesse à la France, je choisis de donner ma sagesse à l’Afrique. Hier, j’ai servi la France avec enthousiasme, foi, loyauté, fidélité et abnégation. De même, je servirai le Togo avec enthousiasme, foi, loyauté, fidélité et abnégation.

Je ne rentre pas au Togo au sens où on l’entend. Je ne lâche pas la France. Je vais au Togo parce que je crois au destin. Il y a très longtemps, le mien est venu à ma rencontre sous la forme d’un homme, un missionnaire, un blanc, un Français qui m’a amené à l’école occidentale. Ce parcours a fait de moi le citoyen du monde que je suis devenu.

Aujourd’hui, je vais au Togo, tel un fils qui retrouve sa mère. Il y a près de 50 ans, je suis venu en France. J’en reste le fils adoptif. Dans un cas comme dans l’autre, n’y voyez pas d’abandon. En France, je n’ai jamais rompu mes racines africaines, au Togo je ne broierai pas mes racines françaises.

Un coeur pour deux pays, c’est possible. Mon coeur bât d’émotion, il bât de cette soif de servir les causes justes, là où je me trouve. Nous respirons tous le même air. La mer qui bât les côtes de ma Bretagne adoptive est-elle différente de la mer qui longe la plage de Lomé. C’est cet océan qui a transporté les bateaux négriers sur les côtes des Amériques.

Si retour il y a, c’est un retour depuis toujours inscrit dans l’Histoire de l’homme noir que je suis. Entassés dans le ventre des négriers, les esclaves pensaient-ils à autre chose que le retour ? Ce retour, parfois symbolique, a longtemps hanté les nuits de Marcus Garvey. Bien d’autres après lui ont compris que le rite d’un retour au pays natal est inéluctable. La porte sans retour de Ouidah a vu passer des millions de Noirs, mais aucun esclave n’a jamais renoncé au retour.

Les Africains qui ont essaimé sur la planète entière sont partout chez eux. Ils sont des citoyens du monde. Nous ne sommes en aucun cas des Français de passage, ni des Allemands précaires, ni des Anglais provisoires, ni des Japonais au rabais. N’oublions jamais que nous sommes partout chez nous de part le grand message, ce témoignage de la dimension universaliste de l’Afrique et du monde noir dont nous sommes porteurs.

Le retour n’est pas une trahison. Je ne pars pas, je continue seulement à être : il y a une seule humanité qui naît quelque part et une même humanité qui vit là où l’amène son histoire. Levons les frontières, cassons les barrières. L’humanité est une. Mon parcours le démontre. Ne nous laissons pas guider par l’esprit de division qui est le fondement de tous les racismes. Travaillons pour le projet d’une humanité radieuse généreuse et solidaire.

L’Afrique est un grand chantier de notre monde. Nous avons une responsabilité immense, nous les francophones, à relever le défi de ce que devraient être les relations entre la France et l’Afrique, qui ne soit ni la Françafrique, ni la « France à frique ».

La diaspora joker de l’Afrique

La diaspora apporte l’eau potable à ceux qui ont soif. La diaspora exporte les médicaments à ceux qui sont malades. La diaspora fournit des vêtements à ceux qui sont nus. La diaspora exporte vers son continent natal 40 à 70 milliards de dollars par an. La diaspora peut ensemencer la démocratie en Afrique. Pour cela, elle doit entrer en symbiose avec les forces politiques du continent. Elle doit permettre à l’Afrique de s’approprier, en toute autonomie, les valeurs démocratiques, qui ne sont pas l’exclusivité des occidentaux.

Ne disqualifions pas la diaspora dans le projet d’édification de l’Afrique. Écarter la diaspora reviendrait à priver l’Afrique des importantes ressources dont elle a besoin. Pour développer un pays prime d’abord la volonté. La connaissance s’acquiert par l’intégration. Que connaissais-je de la France, lorsque j’y posai le pied pour la première fois en 1963 ? Cela m’a-t-il empêché d’y jouer le rôle que l’on connaît ? Ils ne vivent pas forcément en Afrique, tous ces experts internationaux, ces ONG, ces bureaux de développement des États étrangers qui définissent les politiques économiques que mènent nos pays. Pour autant, nous ne les disqualifions pas. Faudrait-il écarter les meilleurs joueurs de l’équipe nationale de football, sous prétexte qu’ils ne vivent pas au pays ?

Nous n’avons jamais abandonné l’Afrique, nous ne nous sommes jamais résignés au pire en Afrique. En participant à la conquête du pouvoir politique en Afrique, la diaspora n’est pas un usurpateur. La diaspora propose une autre façon de faire la politique, elle ne donne pas de leçons. La diaspora est la dernière pièce du puzzle qui complètera le dispositif du pouvoir démocratique en Afrique.

La diaspora africaine si puissante doit fédérer les énergies pour libérer l’Afrique des maux qui lui sont devenus endémiques. Les élections qui se préparent au Togo sont emblématiques de la situation de nombreux pays africains : unissons nos efforts pour lutter contre la fraude électorale et organiser des élections transparentes, gage de crédibilité. La diaspora, sixième région du Togo, est aussi son joker. C’est l’étoile sur fond rouge de mon logo…

Le Togo debout

Mon équipe et moi consacrons toutes nos journées et toute notre énergie à relever le défi du changement politique au Togo. Je sais la victoire à portée de main. Les nombreuses et incessantes chausse-trappes du pouvoir en place ne peuvent plus rien faire face au tsunami de la volonté des Togolais. Ils en ont assez de ce pouvoir et de tant de souffrances.

Je sais aussi le coût de ce combat… Mes moyens ne seront jamais comparables à ceux des « héritiers » des dynasties familiales plus ou moins récentes, encore moins à ceux qui, assis sur les caisses du pouvoir, n’hésitent pas à se servir avant de servir.

Aussi je compte sur vous amis de la diaspora et de l’Afrique pour convaincre votre entourage de faire parvenir, qui un billet de 10 000 CFA, qui un chèque de 15 euros, qui un virement de 20 dollars ; ou plus pour ceux qui le souhaitent, parce que la diaspora africaine peut s’unir dans ce combat qui est panafricain.

C’est l’Histoire commune de la France et du Togo qui a fait de moi le Français qu’on a connu, qu’on a célébré, qu’on a respecté… Je refuse que cette histoire se termine là. Je ne suis pas parti à la conquête du pouvoir politique. Je l’ai déjà exercé, je le connais, j’en connais les limites, le poids, les pièges. Si j’ai choisi d’entrer dans cette aventure, c’est au nom de la dignité des peuples et celle des Togolais en particulier. Je vais au Togo parce que, fort de l’expérience des affaires du monde, je nourris une grande ambition pour mon pays : le hisser au rang des nations respectées, admirées, capables de se donner en modèle de démocratie et de développement économique, social et humain. Mon élection représente une chance historique non seulement pour le Togo mais aussi pour toute l’Afrique. Pour tous les Africains, pour les hommes et femmes du monde d’entier qui aiment notre continent et qui rêvent d’une nouvelle Afrique, ouverte, tolérante et plus soucieuse du bien être de ses peuples, mon élection ouvrirait grand la porte de l’espoir et de l’espérance. Le sous-développement de l’Afrique n’est pas une fatalité. Le Togo a inauguré la longue chaîne des coups d’États, il a inauguré la république monarchique.

Aujourd’hui, l’enjeu pour le Togo est de rompre avec ces pratiques indignes, et de donner l’exemple de construction d’une nation apaisée.

Par Kofi YAMGNANE