07/12/2022

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L’Afrique peine à imposer la démocratie à Lomé

(Le Figaro 12/02/2005)

La police togolaise a dispersé hier plusieurs centaines de manifestants de l’opposition qui défilaient à Lomé pour le «changement» pour la première fois depuis l’investiture de Faure Gnassingbé à la tête de l’Etat. Washington a appelé jeudi au respect du processus constitutionnel au Togo et a apporté son soutien aux initiatives de la Cedeao et de l’Union africaine pour régler la crise dans ce pays.

Ils ont palabré, beaucoup hésité avant de finalement renoncer à se rendre à Kara, le fief historique du général Eyadéma, où ils devaient être reçus par Faure Gnassingbé. Réunis hier à Cotonou au Bénin, les chefs d’Etat membres de la mission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao), mandatés pour rencontrer le nouveau dirigeant togolais, ont estimé que les conditions nécessaires à la réussite de leur mission n’étaient pas réunies. Car ils tenaient à être reçus à Lomé, la capitale, et non pas à Kara, la base arrière des militaires à l’origine du coup de force constitutionnel du week-end dernier.

Un optimisme mesuré entourait pourtant la première offensive diplomatique visant à obtenir une ouverture démocratique au Togo. La Cedeao avait annoncé l’envoi d’une délégation de haut rang comprenant les présidents nigérien, Mamadou Tandja, béninois, Mathieu Kérékou, malien, Amadou Toumani Touré, ghanéen, John Kufuor, nigérian, Olusegun Obasanjo, et le président de la commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré. Mais jeudi soir, l’avion qui transportait des collaborateurs du président Obasanjo s’est vu refuser l’autorisation d’atterrir à Lomé. Le président nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l’Union africaine (UA), a immédiatement annulé sa visite. Et le ton est monté entre les deux pays.

Le gouvernement du Nigeria a averti le nouveau régime togolais qu’il serait tenu pour responsable d’éventuels troubles ou attaques contre ses ressortissants, très nombreux dans les villes côtières togolaises. «Le Togo n’est pas une province du Nigeria» a répliqué Lomé.

En pointe dans la condamnation de la succession au Togo, le puissant Nigeria, un pays de 160 millions d’habitants, a averti son voisin qu’il n’accepte pas le «coup d’État militaire» qui a porté au pouvoir samedi Faure Gnassingbé Eyadéma. Il a accusé ce dernier de paralyser les efforts pour mettre fin à la crise constitutionnelle et a brandi la menace de sanctions. Si le Togo refuse de revenir à l’ancien ordre constitutionnel, la Cedeao prévoit de ne pas reconnaître un «régime ayant accédé au pouvoir de manière illégale». Le pays serait alors «isolé». Déjà suspendu de la francophonie, il s’enfoncerait un peu plus dans un marasme économique amplifié par l’arrêt depuis 1993 de l’aide de l’Union européenne, principal contributeur du Togo, avec la France.

Une mise en quarantaine n’arrangerait guère les pays limitrophes n’ayant pas de débouché maritime. Elle aggraverait également un peu plus les déséquilibres provoqués par la crise ivoirienne. «Un Togo autiste et refermé sur lui-même n’arrange personne» constate un diplomate. Mais l’expérience des dernières années a permis de vérifier que dans la région, l’appétit du pouvoir pouvait être supérieur au sens de l’intérêt commun. Médiateur dans le conflit ivoirien, le président sud-africain, Thabo Mbeki, l’admet non sans inquiétude : «L’actuelle mascarade anticonstitutionnelle au Togo ajoute à l’instabilité de l’Afrique de l’Ouest.»

Thierry Oberlé
[12 février 2005]

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