08/12/2022

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Le 14 avril 1967: Eyadéma prenait le pouvoir au Togo

Le 21 novembre 1966, un soulèvement populaire est organisé par des éléments du C.U.T. avec la complicité et le soutien d’une fraction de l’armée, il exigea la démission du gouvernement GRUNITZKY-MEATCHI. L’intervention de l’Ambassadeur de France au Togo, Claude ROSTAIN, fait basculer la situation. Les tractations qu’il entreprend sur les instructions du gouvernement français avec les secteurs de l’armée impliqués dans la préparation du putsch -dont Eyadéma lui-même- ont débouché sur la répression du soulèvement par ceux-ci. Mortellement blessé, le gouvernement GRUNIZTKY fut néanmoins maintenu au pouvoir; MEATCHI démissionné de la vice-présidence mais conserva au gouvernement un portefeuille ministériel. Il fut demandé à Nicolas Grunitzky, qui voulait démissionner ce jour-là, de rester au pouvoir jusqu’au 13 janvier suivant où un nouveau coup d’Etat mit à bas ce gouvernement et porta au pouvoir une junte militaire. C’est ce qui explique le caractère très “courtois” que prit le coup d’Etat du 13 janvier 1967 qui fut en réalité l’exécution d’un arrangement préalablement conclu au cours duquel se fit une passation de pouvoir d’une équipe à une autre.

Le 13 janvier 1967, à une heure du matin, le « Lieutenant-Colonel » Etienne EYADEMA, chef d’Etat major de l’armée togolaise et quelques officiers pénétraient au domicile de Nicolas GRUNITZKY, président de la République, qui avait réuni en Conseil chez lui -circonstance ô combien étrange !- tous ses ministres. Ils se séparaient au bout de quatre heures d’une discussion marquée comme l’indiquera plus tard GRUNITZKY d' »une entière franchise et cordialité » et pendant laquelle ils se sont mis d’accord sur la « passation » du pouvoir à l’armée. Peu après, à 5 H 30, EYADEMA déclara sur les ondes de la Radio Nationale qu’il avait décidé au nom de l’armée de prendre le pouvoir et d’en écarter GRUNITZKY. Il annonça en outre un train de mesures d’exception :suspension de la constitution, dissolution de l’Assemblée Nationale, organisation d’élections libres et démocratiques dès que possible, instauration du couvre-feu de 20 H à 5 H. Plus tard sera annoncé la dissolution des conseils de circonscription et des conseils municipaux. A 6 H 45, une nouvelle entrevue eut lieu au domicile de GRUNITZKY, président de la République déchu annonça à son tour à la Radio sa démission dans une intervention dont on retiendra cette phrase célèbre rentrée dans l’histoire : « Je pars la tête haute, car durant 4 ans, j’ai servi cette politique de réconciliation et d’union ». Le 11ème coup d’Etat de l’Afrique indépendante depuis l’assassinat d’OLYMPIO en 1963 venait de se terminer. Comme on peut le constater, il s’agissait en réalité d’une passation à l’amiable du pouvoir – vraisemblablement planifié à l’avance- des mains d’un défenseur à l’autre de la même cause :celle des intérêts de l’impérialisme français. Le 14 Janvier, un comité dit de « Réconciliation Nationale » présidé par le Colonel Kléber Dadjo (plus ancien et plus élevé en grade de l’armée) se mit en place sous le contrôle d’Eyadéma. Ce comité jouait le rôle de gouvernement. Il comprenait en outre Boukari DJOBO, Barthélémy LAMBONY, Alex MIVEDOR, Benoît MALOU, le Docteur Alex OHIN, Paulin EKLOU, et Benoît BEDOU. Il avait pour tâche de préparer des élections législatives dans un délai de 3 mois, élections qui n’auront jamais lieu. De fait sera mis en place un régime d’exception, le pays étant gouverné en dehors de tout contrôle du peuple par ordonnances et décrets jusqu’à la mise en place d’une constitution anti-démocratique en 1979 soit 12 ans plus tard.

Le 14 avril 1967, EYADEMA prenait tous les pouvoirs en mains par 2 ordonnances ( ordonnances N° 15 du 14 Avril 1967 portant désignation du Président de la République et ordonnance N° 16 de la même date portant dissolution du Comité de Réconciliation Nationale et formation du gouvernement). Quelles étaient les raisons de ce retournement ? Il s’agissait en réalité d’une décision des français qui, ayant tout misé dès le départ sur EYADEMA décidait que ni DADJO, ni BODJOLE n’avaient plus leur place dans le dispositif monté pour constituer de toutes pièces un appareil d’Etat. Tout devait donc s’ordonner autour d’un seul homme pour éviter le renouvellement des crises qui, jusque-là, déchiraient les différentes fractions de la bourgeoisie togolaise voire de l’armée.

* Pour référence nous vous invitons à lire l’histoire du Togo en deux tomes de Godwin TETE , la palpitante quête de l’Ablodé et L’assassinat de Sylvanus Olympio., ainsi que la Francafrique de François Xavier Verschave.