28/06/2022

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Le cimetière qui divise Tsévié

Les autorités préfectorales la ville de Tsévié ont entrepris la semaine dernière une vaste campagne de sensibilisation et d’explication auprès de la population, pour atténuer un conflit est né de la volonté de l’administration de construire un cimetière municipal pour désengorger la ville.

Il y a quelques mois, un conflit latent a failli dégénérer en affrontements dans cette localité. Il a été dissipé grâce à la sagesse et à la clairvoyance de certains autochtones. Ce conflit est né de la volonté des autorités communales de Tsévié de construire un cimetière municipal pour désengorger la ville et de pallier le problème de la surexploitation des cimetières de quartiers. Or, les gens ont une culture séculaire des cimetières de quartier et familiaux. Un des points litigieux de ce conflit est la taxe à prélever pour la mise en exploitation du cimetière municipal. Les autorités ont exigé des habitants une somme de 50.000 F CFA pour enterrer leurs défunts. C’est exorbitant pour les populations qui ont l’habitude de débourser 5.000 F CFA afin d’obtenir l’autorisation de la mairie pour les funérailles et l’enterrement. La taxation a été exagérée. En fait, la mairie entendait assurer à son compte certains frais. Les habitants estiment que l’administration ayant acquis gratuitement les 17ha pour la construction de ce cimetière municipal et ayant demandé des contributions individuelles à hauteur de 800.000 F CFA pour la clôture et quelques travaux préliminaires du site, il n’était plus question que les parcelles de tombe soient cédées en compensation de l’argent : « c’est de l’escroquerie », a crié un notable.

Finalement, face à l’imminence des soulèvements populaires, les autorités communales ont cédé à un compromis : le nombre et la limitation des anciens cimetières de quartiers doivent être déclarés. Les nouveaux seront soumis à une demande préalable à la mairie, mais, à priori de nouvelles constructions sont interdites. Pour enterrer dans ces quartiers, une demande taxée à 5.000 F CFA doit être adressée à la mairie. Le cimetière municipal reste en place et sa construction continue. L’enterrement dans ce cimetière est subordonné à l’achat d’une parcelle qui s’élève à 5.000 F CFA obtenue à la direction des obsèques. Les populations ne dépenseront plus que 10.000 F CFA pour enterrer leurs morts dans le cimetière municipal.
Le compromis s’est fait à l’amiable et, une fois encore, on vient d’éviter de justesse la dégénérescence d’un conflit qui couvait depuis 15 ans. L’attachement à la tradition et aux intérêts de la communauté a prévalu grâce aux autorités traditionnelles qui ont su gérer et tranquilliser la situation. Les chefs traditionnels et les notables qui tiennent à leurs terres ont fait valoir le bon sens ; les autorités religieuses ont fait jouer leur responsabilité morale. L’intransigeance de la mairie a failli mettre à nu la précarité d’un système social entretenu par des pesanteurs politiques et des intérêts particuliers mesquins. Les autorités administratives politiques étaient sur le point de briser le tissu social cohérent entretenu depuis des générations en expropriant, il y a trois ans, des terres aux familles pour en faire un cimetière municipal.

Tsévié est l’une des plus grandes agglomérations du Togo, située à 35 Km au nord de Lomé. Sa situation géographique fait d’elle un carrefour commerciale, une ville touristique. La canne à sucre y est abondante mais c’est surtout la grande ville du haricot. La ville y trouve son nom et une fête traditionnelle y est célébrée chaque année au mois de septembre: AYIZAN. Cette fête est une référence dans la région. Les fils du pays reviennent pour redonner vie à leurs cultures, à leur communauté, à leurs ancêtres, ils reviennent tout simplement à leur source.

La rédaction letogolais.com