08/08/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Sur le chemin de la démocratie ou de la démocratie apaisée par la collaboration ?

A la suite de la publication du document intitulé : « la lettre à la jeunesse togolaise » signée par l’ « Association DTF», beaucoup de personnes au Togo comme dans la diaspora, ont interpellé le Bureau Exécutif National de la CDPA-BT et sa section de France pour s’inquiéter du contenu de cette lettre.
La CDPA-BT, section de France tient à rassurer ses militants et sympathisants qu’elle ne se sent nullement engagée par ce document qui émane d’un groupe de compatriotes de l’ « Association DTF ».
On se souvient encore, à la section de la CDPA-BT en France, de moult tentatives faites de manipulations de toutes sortes pour organiser la diaspora européenne et, qui ont finalement conduit à la naissance de l’ « Association DTF.
Comme dit l’adage on ne peut continuellement tromper un peuple. Des compatriotes de ce groupe ont, peut-être, enfin, compris qu’ils étaient manipulés par certains des aînés qui ont fini par les trahir et, pour se venger, ont décidé de créer l’ « Association DTF ». Quelles que soient les raisons qui justifient cette réaction, ces compatriotes ont-ils conscience de l’acte posé ?

Notre propos n’est pas de jeter la pierre à qui que ce soit ou de refaire ici l’histoire de la naissance de cette association, ni celle de la DTF. Mais tous ceux qui aspirent au changement démocratique et qui ont interpellé la CDPA-BT-France pour lui manifester leurs inquiétudes doivent savoir que la CDPA-BT-France ne fait pas partie de l’ « Association DTF » mais de la DTF, qui est un collectif regroupant des organisations comme l’ARECA, le CTSD, le CTR , le RNDP, la CDPA-BT-France, le CAR-France, la CDPA-France et l’UFC-France.

La DTF a été mise en place en février 2005 au lendemain de la disparition de Gnassingbé Eyadéma. Et elle s’est donnée pour objectif le soutien à la lutte du Peuple togolais contre la dictature. Elle a apporté son soutien au candidat unique de l’opposition Bob AKITANI proposé par l’UFC à la coalition de six partis d’opposition pour l’élection présidentielle du 24 avril 2005.

Cette DTF à laquelle appartient la CDPA-BT-France a donc eu à mener un certain nombre d’actions concrètes à savoir : des meetings débat, des manifestations contre les coups d’Etat successifs (coup d’Etat militaire, constitutionnel et électoral), un soutien financier pour la campagne électoral du candidat de l’opposition de même que l’envoi des médicaments aux dispensaires et au centre des œuvres sociales venant en aide aux populations en difficultés au Togo… Elle n’a donc rien à voir avec ces compatriotes de l’ «Association DTF», qui proposent aujourd’hui un forum pour aller collaborer avec le régime et qui, appelant à fêter la victoire des Eperviers dans une boîte de nuit parisienne, avaient écrit : que les Eperviers(l’équipe nationale de football du Togo) venaient de « réussir aussi là où les politiques ont échoué : la réconciliation nationale. » .

Il ne faut donc pas confondre la DTF des organisations et l’ « Association DTF » des individualités. Ce sont deux organisations bien distinctes. Ce qui importe ici, ce n’est pas tellement la différence entre ces deux organisations. C’est surtout la teneur du discours délivré à la jeunesse togolaise qui nous inquiète pour cette catégorie de la population.

Fondant son argumentaire sur la « crise de confiance des togolais en leurs institutions », l’Association DTF croit qu’il suffit, pour régler le problème politique togolais, de :
– Clarifier « la situation politique dans notre pays »,
– Rechercher « la vérité à propos du massacre de la population (dixit le rapport de l’ONU sur les exactions qui ont endeuillé le pays à la suite des élections présidentielles du 24 avril 2005). »
– Réunir sous l’égide « d’un modérateur débarrassé de tout extrémisme », « les jeunes togolais nés après 1960, année de l’indépendance du Togo, jeunes issus de toute la société civile togolaise (du Togo et de la diaspora), ainsi que de l’armée en un forum » pour « mettre à plat les turpitudes et les erreurs du passé … », « réapprendre à dialoguer entre nous et faire des propositions concrètes pour rétablir la confiance entre la population, l’armée et la chose politique. »,
– Constituer « un observatoire de la bonne gouvernance composé des représentants de la société civile, des partis politiques, de l’armée et de la diaspora togolaise dans le monde » et, en définitive, « de participer aux élections législatives au Togo » sous l’œil bienveillant « des observateurs internationaux en plus de ceux des organisations africaines… ».

Cet argumentaire ne repose sur aucune réalité togolaise ; il n’est pas représentatif des aspirations profondes de la jeunesse togolaise à la démocratie.

Les propos véhiculés à travers ce discours – programme ! ne sont-ils pas simplement une manière de reconnaître Faure comme l’élu du 24 avril 2005 ? Sont-ils les points de vue de toute la jeunesse togolaise ? Vont-ils dans le sens des aspirations de cette immense majorité de Togolais qui a voté pour Bob Akitani le 24 avril, et de tous ceux qui ont contesté les résultats proclamés le 26 avril, sont morts par balle réelle ou sont contraints à l’exil au Bénin, au Ghana, en France et ailleurs?

Depuis bien avant la publication, en 1989, de l’Alternative, le manifeste de notre parti, la CDPA-BT a toujours considéré que le système politique au Togo est un système dictatorial, et que l’on ne pouvait pas poser le problème politique togolais comme si nous étions dans un système démocratique. Dans une démocratie, on respect le verdict populaire, on ne confisque pas la victoire de tout un peuple après des élections et on ne tire pas à balle réelle sur la population qui descend dans les rues pour manifester son mécontentement.

En reprenant le discours lénifiant de ceux qui oppriment le peuple togolais depuis plus de 40 ans, « l’Association DTF » se pose consciemment ou non en leur défenseur.

La section de la CDPA-BT-France estime qu’il est dangereux de vouloir considérer la lutte contre la dictature comme une affaire exclusivement de jeunes, de dialogue, de collaboration ou autre. Au lieu de rassembler tous ceux qui aspirent à la démocratie, ce discours divise et on ne peut donc pas le laisser passer sans réagir.

Depuis plusieurs années, la CDPA-BT n’avait pas cessé d’attirer l’attention des Togolais sur l’inefficacité d’une politique qui consiste à revendiquer le dialogue pour la forme ou à s’engager dans des négociations de tout genre, officielles (Colmar, Ouaga 1, Ouaga 2, Paris, Lomé, Abuja et autres…) ou secrètes dont l’issue est dangereuse, dans un cas comme dans l’autre. L’issue d’une telle politique ne peut être que la cohabitation et la collaboration avec le régime de dictature en place sous une forme ou une autre.

Parmi ceux des aînés qui avaient fait ce choix d’aller collaborer avec le régime d’abord en 1963 à la suite de l’assassinat de Sylvanus Olympio, puis en 1967 après le deuxième coup d’Etat militaire, certains avaient à peine 40 ans. Eyadéma, qui avait été l’âme de ces deux coups d’Etat et avait pris le pouvoir par la force était lui aussi jeune. Il n’avait que 39 ans, comme son fils aujourd’hui. Est-ce pour autant qu’ils se sont occupés de l’avenir des jeunes ? Qu’ont-ils fait de la jeunesse togolaise ?

Ils sont nombreux ces jeunes qui ont connu le régime dictatorial d’Eyadema, qui ont 40 ans aujourd’hui, qui n’ont jamais pu travailler au Togo et ont dû le quitter pour aller vivre des situations de précarité à travers le monde. Ils savent que leur avenir a été sacrifié. Ils ont compris que le problème qui se pose aux Togolais n’est pas un problème de jeunes ou de vieux, mais bien un problème politique : celui de mettre fin au régime de dictature pour assurer le développement de notre pays, afin que chacun, enfants, jeunes, vieux, femmes, hommes… puisse vivre non pas dans la misère mais en paix. Mettre un terme à la dictature, est le préalable à tout.

C’est pourquoi, la CDPA-BT avait proposé depuis longtemps que l’opposition se donne une politique alternative qui se fixe pour objectif, non plus l’accès au pouvoir tout de suite à n’importe quelles conditions, mais la fin du régime de dictature d’abord. La politique alternative que propose la CDPA-BT fonde la force de l’opposition sur la force organisée de la masse de la population. Elle donne la priorité à l’organisation de la population sur la tenue d’élections pipées d’avance, sur les dialogues sans issue, sur l’appel incessant à la « communauté internationale » et sur un énième forum de « collaboration » qui n’apportera rien à la jeunesse togolaise.

Les « élections » du 24 avril 2005, les semblants de dialogue en cours, (Lomé, Sant’Egidio ) viennent, encore une fois, démontrer l’échec de la politique de l’opposition dominante.

Que la jeunesse veuille veut se prendre en charge, quoi de plus légitime ? Mais elle doit savoir que la politique de l’opposition conduite jusqu’à ce jour et que certains ont cru défendre à travers « la troisième voie » ou « troisième force » de collaboration a échoué.

Plus que jamais, c’est l’émergence d’une force alternative d’opposition sous la forme d’un Mouvement à base sociale la plus large possible qui s’impose aujourd’hui. Un mouvement offrant un cadre de mobilisation et d’actions conscientes et responsables à tous pour réaliser le changement démocratique. Il faut cesser de laisser étouffer les aspirations légitimes du Peuple togolais dans des concepts creux comme la « démocratie montante » ou la « démocratie apaisée ».

Paris le 15 décembre 05

Pour la CDPA-BT, section de France

Emmanuel Boccovi