25/09/2022

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Togo : les 11 pseudo-dialogues et accords qui font perdurer la dictature militaire

Un enième « dialogue » RPT – opposition togolaise pourquoi faire ? Les « dialogues » entre le RPT et l’opposition togolaise peuvent-ils être une solution à la crise togolaise ? Il est permis de s’interroger lorsqu’on considère toutes les rencontres de ce genre depuis le soulèvement populaire du 5 octobre 1990. Combien y en a-t-il eu au total et qu’ont-ils apporté à la crise togolaise ? On peut en distinguer 11 au total en 15 ans, c’est-à-dire entre 1990 et 2005 :

1°) En effet, dès 1990  fut mise en œuvre la fameuse « Commission des 109 », premier « dialogue » du genre si on peut le caractériser comme tel, car c’était plutôt une tentative d’autoréforme du système RPT qui n’a pas fonctionné. Il s’agissait alors pour la dictature de trouver une parade immédiate pour tenter de désamorcer les conséquences du soulèvement populaire du 5 octobre 1990. L’entreprise tourna court face à la rapidité et à la profondeur des événements, expression de processus politiques internationaux majeurs qui, à partir de la chute du mur de Berlin et de la Conférence nationale du Bénin, ont commencé à avoir une forte répercussion sur la situation togolaise.

2°) Une deuxième tentative de dialogue ou de négociations fut amorcée en février – avril 1990. Ces négociations se déroulèrent entre le Front des associations pour le renouveau (FAR) et Eyadéma pour l’organisation d’un Forum national de dialogue en lieu et place d’une Conférence nationale souveraine dont Eyadéma ne voulait pas entendre parler. L’entreprise tourna court en raison de l’évolution rapide des événements. La dynamique populaire était très forte et le courant ne pouvait être endigué.

3°) Un troisième processus de négociation débuta en juin 1991 et aboutit aux « Acccords du 12 juin 1991 », conclus entre une délégation du COD/FOD et le gouvernement d’Eyadéma. Ces accords ne seront pas respectés. Il s’ensuivit une longue grève générale illimitée exigeant la démission d’Eyadéma.

4°) Début 1991 marque le début de la stratégie de la terreur et la reprise autoritaire du pouvoir par l’armée. Dans cette atmosphère, le 30 décembre 1991, débute un autre dialogue entre Eyadéma et l’opposition. Les protagonistes évoquaient alors un « Nouveau Contrat social » adopté par le Haut Conseil de la République sous la houlette des partis de l’opposition démocratique et qui mettait en place un gouvernement d’union nationale de transition (GUNT) avec le régime RPT auquel il sauvait la mise après son coup d’Etat sanglant du 3 décembre 1991 (c’est l’assaut des Forces armées togolaises sur la primature, )

5°) 28 juillet 1992 : les accords dits de la « Commission mixte paritaire » étaient conclu entre une délégation de partis spécialement choisis par les chancelleries des grandes puissances et les représentants du régime RPT, au moment où Tavio AMORIN venait de mourir. Son décès sera tenu secret pour n’être annoncé qu’au lendemain de la conclusion de cet accord.

6°) 8 février 1993 : les négociations de Colmar se tiennent dans le nord-Est de la France. Les autorités françaises les ont délibérément faites échouer pour évincer l’Allemagne des pourparlers en cours, selon les révélations faites ultérieurement par Bruno Delaye, à l’époque ambassadeur de France au Togo et deviendra par la suite, au Palais de l’Elysée, conseiller aux Affaires africaines de feu le président français François Mitterrand.

7°) mars – 11 juillet 1993 : Accords de Ouagadougou suite aux négociations qui ont eu lieu en plusieurs volets dans la capitale du Burkina Faso et qui ont abouti à la signature, à l’aéroport de Lomé-Tokoin, d’un document relatif à l’organisation d’élections présidentielles en 45 jours. La mise en œuvre de cet accord révéla que les partis de l’opposition togolaise qui y ont participé ont été piégés car il s’avéra impossible d’organiser des élections démocratiques et transparentes dans un délai si court !

8°) 1998 : Accord entre le RPT et l’opposition togolaise pour l’organisation de l’élection présidentielle du mois de juin de cette année. Il fut négocié sous les auspices de l’Union européenne qui se porta garante de sa bonne application en prenant en charge la supervision de l’organisation de cette élection qui ne fut qu’une mascarade de plus.

9°) 9-11 juin 1999 : « Accord cadre de Lomé » (ACL) conclu au terme d’un round de négociations qui commença à Paris et se termina par la signature formelle de l’accord à Lomé, peu après la visite du président français Jacques Chirac au Togo qui vint faire pression sur ces négociations.

10°) Avril 2004 : Les 22 engagements pris par le gouvernement RPT auprès de l’Union européenne et avalisés par les principaux partis de l’opposition démocratique ont constitué la vase d’un accord ayant permis de préserver le régime d’Eyadéma au lendemain de la mascarade de présidentielle qu’il a organisé en juin 2003.

11°) Novembre 2005 : Faure Essozimna Gnassingbé lançait le nouveau dialogue en cours de négociation et qui, selon les différents protagonistes devrait déboucher sur la mise en place d’un « gouvernement consensuel ». Cela, après les massacres des populations civiles par les forces de sécurité togolaises et les milices du RPT. Il convient de rappeler que ces massacres qui ont suivi le décès du dictateur Gnassingbé Eyadéma, le 5 février 2005 ont continué avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 juin de cette année. Le bilan de ces sanglantes journées est de 500 selon le Rapport de la Mission de vérification des faits de l’ONU.

Au total donc, sur les 15 ans (soit 180 mois ) les 11 dialogues, accords ou négociations se seront déroulés en moyenne tous les 16 mois. Un record ! Ces dialogues ont-ils apporté une quelconque issue à la crise togolaise ? A la lumière des indicateurs de la situation du Togo sur les plans politique, économique, sociale et sur le terrain des droits de l’Homme, il est permis de constater que, loin de s’améliorer, la situation du pays s’est, bien au contraire, aggravée. Quel bilan !

La rédaction letogolais.com