28/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Togo: le dialogue intertogolais à Ouaga ?

Selon nos informations, le dialogue intertogolais se déroulera dans la capitale Burkinabé sous la présidence de Blaise Compaoré. Le pouvoir togolais aurait même arrêté la date des élections législatives ; elles se tiendront en Octobre de cette année. Il s’agit pour le RPT d’aller vite, et selon des méthodes qui lui ont toujours réussi de prendre de vitesse les oppositions en refusant de traiter dans le fond les questions essentielles de l’armée, du cadre électoral, des réfugiés et de l’impunité. C’est le plan concocté par la France et le pouvoir togolais avec la bénédiction tacite du commissaire européen, Louis Michel.

Cette décision exclut donc Lakdhar Brahimi du jeu politique togolais. Nous vous l’annoncions, le gouvernement togolais était réticent sur cette désignation, mais négociait les termes de sa mission. Un des plans envisagé avec l’appui de la France, était de désigner Moustapha Niasse, ancien Premier ministre du Sénégal et ancien facilitateur au Togo (Accord-cadre de Lomé, juillet 1999) comme co-facilitateur. Cependant, compte tenu des réticences d’une partie de l’opposition à accepter Moustapha Niasse, les choses traînaient. La France, clairement voulait un francophone, c’est-à-dire un homme de son sérail. Ainsi, lors de sa rencontre avec les partis politiques, il y a deux semaines à Lomé, Le Conseiller Afrique de Chirac, Michel de Bonnecorse informait ses interlocuteurs que le gouvernement n’acceptait pas la désignation de Brahimi comme facilitateur. Néanmoins, leur demanda-t-il, « accepteriez-vous de faire le dialogue sans facilitateur ? »

Avec cette visite à Lomé et cette implication directe dans le dossier togolais, en place de l’Union européenne, la France affiche clairement qu’elle est le maître du jeu politique au Togo. L’Union européenne est complètement en retrait dans la gestion des 22 engagements, notamment la Commission qui a reçu mission avec la feuille de route du 15 novembre 2005 de suivre la mise en œuvre des 22 engagements.

[L’HISTOIRE AU TOGO SEMBLE SE REPETER !->http://web.amnesty.org/library/Index/FRAAFR570122005]

Les leçons de l’histoire politique au Togo imposent quelques observations sur le choix du lieu, de l’autorité qui présidera le dialogue.

Le choix du lieu n’est guère consensuel. Mais, cette question ne doit être dramatisée. En revanche, l’autorité morale et l’impartialité du Burkinabé laisse à désirer. Blaise Compaoré s’est rangé du côté de Faure Gnassingbé et ce dernier place le Burkinabé au nombre de ses parrains. En outre, des négociations intertogolaises se sont jadis déroulées à Ouagadougou dans les années 1990 et qui ne furent qu’un marché de dupes. En fait, le premier dans la série des marchés de dupes auquel participe l’opposition togolaise depuis le processus de démocratisation au Togo.

En effet, les divers dialogues entre le pouvoir togolais et l’opposition se déroulèrent sous pression. Précisément ceux qui aboutirent au fameux « Accord de Ouagadougou en juillet 1993 ». Sous la pression conjuguée d’Eyadéma et de son armée (mise en œuvre de la stratégie de la terreur, Fréau jardin, le 25 janvier 1993, ratissage dans les quartiers de Bè et Kodjoviakopé les 30 et 31 janvier occasionnant l’exil de plus de 500.000 Togolais) et sous la pression de la France, l’opposition, négociera une série d’accords qui l’amèneront de Colmar à Ouagadougou. Les discussions de Colmar placées sous le patronage allemand et français entre le pouvoir RPT et l’opposition furent un échec. De l’avis des participants, cet échec est essentiellement dû à l’intransigeance et à la mauvaise foi de Natchaba qui rejeta dès son ouverture les modalités de la rencontre, bloquant toute recherche de solution à la crise.

Le 25 mars, une purge sanglante a lieu dans l’armée togolaise au camp RIT (Lire [le rapport d’Amnesty International->http://web.amnesty.org/library/Index/ESLAFR570041993?open&of=ESL-TGO]. Elle s’inscrit dans une stratégie de pression sur l’opposition avant les négociations qui s’annonçaient à Ouagadougou et qui se dérouleront du mois d’avril à juillet 1993. Il s‘agissait de négocier un accord sur les questions relatives à la sécurité et à l’organisation des élections présidentielles. Le 11 juillet 1993, les protagonistes parviennent à un accord. Sur les circonstances de ces négociations de Ouagadougou, que dire ?
Le choix de Blaise Compaoré et de Ouagadougou est le fait de Michel Roussin, alors ministre de la coopération dans le gouvernement Balladur, mais l’homme fut un proche collaborateur de Chirac à l’Hôtel de Ville. Les accords de Ouagadougou sont un arrangement entre la France et le Burkina Faso qui exclut les Etats-Unis et l’Allemagne, réduits au statut d’observateurs, contrairement au souhait de l’opposition togolaise qui voulait leur plus grande implication dans les négociations. Le président Burkinabé sert en réalité de faire-valoir à la France qui, par l’intermédiaire de Jacques Rigault, ancien militaire et conseiller du ministre de la coopération a rédigé l’accord du 11 juillet 1993.

A PROPOS DE L’ACCORD DE OUAGADOUGOU….

A propos de l’Accord de Ouagadougou, Marc Pilon affirme dans un article paru dans la revue Politique africaine (N° 56, décembre 1994), « qu’il était insuffisamment précis et inappliqué ». Il explique que « cet accord centré sur les affaires de sécurité et d’élections posaient problème, car le gouvernement d’Eyadema apparaissait comme juge et partie. et les poste-clés sont détenus par les proches d’Eyadema. Il ne peut prétendre à la neutralité. Or c’est ce même gouvernement inchangé, qui va détenir l’autorité sur les forces armées et, avoir la charge d’organiser les élections avec la collaboration des préfets qui sont dévoués au RPT…
A propos de l’observation des élections, on peut s’étonner que ce ne soit pas la Commission électorale nationale seule qui ait en charge l’invitation des observateurs ; pourquoi le gouvernement peut-il faire des propositions et pas l’opposition ? »

L’universitaire en tire les enseignements suivants qui sont encore d’actualité : « Pourquoi, comme en 1958, n’a-t-on pas demandé la supervision de ou au moins la collaboration des Nations unies ? Pourquoi l’opposition n’a-t-elle pas exigé le remaniement du gouvernement afin d’être associée à la préparation des élections ? …on peut s’étonner de l’importance du rôle politique accordé à la France, mais aussi au Burkina Faso dont le président B.Compaoré affiche plutôt une sympathie pour le général Eyadéma. Ces deux pays furent les médiateurs essentiels de l’Accord de Ouagadougou et exercèrent le leadership du Comité international de suivi ; eux seuls ont envoyé des observateurs militaires »

A la lumière de ces éléments historiques, on peut conclure que le régime RPT et son protecteur la France veulent appliquer des méthodes qui ont déjà réussi. L’histoire au Togo semble se répéter !

La rédaction letogolais.com

LIRE EGALEMENT :
[le rapport d’Amnesty International sur la purge au camp RIT->http://web.amnesty.org/library/Index/ESLAFR570041993?open&of=ESL-TGO]

[Togo : les 11 pseudo-dialogues et accords qui font perdurer la dictature militaire->http://www.letogolais.com/article.html?nid=2458]