01/10/2022

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Togo : Le troubadour Félix Boccovi a fait sa révérence

Félix Aurélien Ayayi Boccovi était un artiste à multiples facettes, auteur de l’ode nationaliste Le 27 avril , qui célèbre l’accession du Togo à l’indépendance. Après quarante ans de carrière; « le premier troubadour togolais » s’en est allé le 5 octobre 2008, à l’âge de 69 ans. C’était un «grand rêveur» qui aimait faire partager son enthousiasme et sa nostalgie. Il est de ceux qui ont façonné l’image musicale et artistique du Togo. Malgré la maladie, « le vieux briscard » de la chanson togolaise, participa brillamment à la remise du prix Hoinyigan (la femme valeureuse) de l’association La Muse Africaine; ce fut l’une de ses dernières prestations.

Qui était Félix Aurélien Ayayi Boccovi ?

Félix Boccovi est né en 1939 à Pointe-Noire, la capitale économique du Congo-Brazzaville. Il fait partie de la génération des enfants de la diaspora togolaise (les Popos d’Aného) émigrés en Afrique centrale. Il revint au Togo à l’âge de sept ans, il chantait déjà merveilleusement et s’accompagnait des instruments qu’il fabriquait à partir de boîtes de conserves. Brillant élève, il était à l’honneur lors des distributions de prix scolaires. A dix ans il faisait partie d’une chorale et pour sa réussite au Certificat d’études primaires son père lui offrit un saxophone. Encouragé par celui-ci, il put se consacrer totalement à la musique, devenant à 18 ans membre du célèbre orchestre dirigé par Bob Essien au quartier Anagokomé de Lomé. Le jeune artiste composa alors ses premiers titres en Mina et en français en s’accompagnant à la guitare.

Un radio-crochet et un passage à la célèbre émission Une guitare, une voix à Radio Togo le firent connaître. Dans les années soixante, il participa pendant un an à un stage de formation pédagogique en France se lança dans le journalisme. A Paris, lors de l’Exposition d’Arts Nègres du Grand Palais, il fit la rencontre d’un responsable des enregistrements africains chez Philips. Félix Boccovi s’imposa comme un artiste à l’avenir prometteur avec ses compositions et ses chansons à la fois rythmiques et poétiques aux paroles réalistes et nostalgiques. Ses sources d’inspiration étaient la vie quotidienne de ses contemporains, l’amour, l’amitié et surtout son pays.

Animateur à la Radiodiffusion du Togo et responsable de l’émission dominicale Sport sur l’antenne, sa qualité de musicien lui permettait de concocter une excellente programmation variée qui ravissait les auditeurs amateurs de musique et de sport. On l’appelait « Tonton Félix » ou « Tata Boccovi » pour l’émission enfantine qu’il produisait à la radio et à la télévision. Il fut également un véritable remède pour les insomniaques grâce à son émission nocturne Sentiers de nuits. Il fut l’animateur le plus apprécié des auditeurs de la Radiodiffusion du Togo.

Félix Aurélien Boccovi a été président de l’Union Nationale des Artistes Musiciens du Togo (UNAM) dans les années soixante-dix. Sur le plan discographique, il est l’auteur de plusieurs titres dont Adieu Gorée, Mon beau voyage, Africa, Mon rêve, le 27 avril… . Ce dernier morceau très populaire et d’inspiration nationaliste avait été censuré et interdit d’antenne sur les média par le pouvoir RPT de l’époque. Mais ce beau cantique réapparaîtra avec le vent de la démocratie des années 1990. Depuis lors, il est exceptionnellement distillé à l’occasion de la célébration de la fête de l’indépendance. Auteur-compositeur, saxophoniste ténor, guitariste, journaliste, enseignant, etc.…Félix Aurélien Ayayi Boccovi fait partie des tout premiers musiciens togolais de la période de l’indépendance. Jusqu’à la retraite administrative, il a enseigné les Lettres modernes au Lycée de Gbégnédji, puis à l’Ecole supérieure d’informatique et de bureautique appliquée (ESIBA) à Lomé.

Grand homme du développement de notre culture, le poète-chanteur fait partie du patrimoine togolais. Heureux ceux qui partent en ayant tracé un sillon et marqué notre mémoire. Tout le peuple togolais ému, s’incline devant la mémoire de Félix Aurélien Ayayi Boccovi ; il a été inhumé le 31 octobre 2008 au cimetière de la Plage à Lomé.

Par Ekoué Satchivi