26/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

TOGO-MEDIA : Tous les coups sont permis pour la promotion du régime Eyadéma

Dans son dernier rapport 2004 sur la presse indépendante, Reporters Sans Frontières s’alarme du danger que fait peser sur la presse indépendante des régimes vieillissants et des dirigeants qui s’accrochent au pouvoir. Le rapport désigne entre autres, Gnassingbé Eyadéma, Paul Biya, Lansana Conte, Obiang Nguema et Robert Mugabe qui mettent tout en œuvre pour garder la main mise sur l’information en utilisant ou « la manière forte…ou des procédés plus insidieux ». Dans le cas du Togo, la situation est encore plus complexe : à la censure directe et brutale, sont venues s’ajouter des méthodes plus sournoises pour faire taire les voix discordantes. Des journaux indépendants ont été rachetés par le pouvoir, d’autres ont été créés par ces mêmes dirigeants pour faire croire à une diversité de la presse et prôner la bonne nouvelle du régime. Deux hommes sont au cœur de ce dispositif : Lucien Messan, directeur de publication du journal, « Le Combat du Peuple » et Pitang Tchalla, ministre de l’information. Ils disposent de moyens financiers considérables pour mener la bataille de la communication. Car, Gnassingbé Eyadéma qui veut incarner le Togo est attaché à son image de marque à l’étranger, cela devient même obsessionnel. Ainsi, Lomé est devenue le lieu qui attire des journalistes ou des communicants en quête de gain facile. On savait déjà François Soudan (Jeune Afrique) habitué de la chose, on y découvre un certain Serge-Henri Malet collaborant à l’Humanité dont les aventures en terre Eyadéma sont contées par Abass Saïbou, directeur du journal, « Le Regard .

UN MERCENAIRE ETRANGER UTILISE  » LE REGARD  » POUR PLAIRE AU GOUVERNEMENT TOGOLAIS

Le 07 octobre 2004, un certain Henri Malet a demandé à me rencontrer. Aux environs de 18 heures un quart, il m’a appelé à partir des bureaux du Ministère de la Communication et de la Formation Civique. Je m’interrogeais sur la mission réelle de ce confrère étranger, lorsqu’il est arrivé à l’endroit indiqué à bord d’une BMW d’immatriculation gouvernementale. J’ai vite réalisé qu’il a bénéficié des facilités du pouvoir en place pour un boulot spécial. Je me suis dit qu’il a été dirigé vers moi à dessein.
Quand je lui ai proposé qu’on discute dans un cabaret situé en face de la LONATO, il a plutôt suggéré, l’air méfiant, qu’on se rende à l’Hôtel Palm Beach où il loge.

Arrivé au bar de l’hôtel, il s’est présenté en disant qu’il est envoyé en reportage à Lomé par le mensuel économique  » Marchés Tropicaux « . Il a poursuivi en disant qu’il a discuté avec les autorités togolaises et qu’il a eu l’impression que tout va bien et que le Togo est plutôt victime d’injustice de la part de la communauté internationale. Il a rappelé les propos du Ministre de la Communication du Togo selon lesquels, le gouvernement a tenu tous les engagements et que l’UE tarde à reprendre sa coopération et qu’il a souhaité rencontrer un responsable de journal indépendant pour recueillir ses avis. Il a indiqué avoir porté son choix sur moi parce que les personnes qu’il a interrogées à Lomé, soit 8 sur 10 lui ont cité  » Le Regard  » comme une publication indépendante. Je lui ai dit en substance que j’en suis flatté, mais que mon cas n’est guère enviable et que dans ce pays, tout journal qui se veut indépendant a un lourd tribut à payer. Les obstacles sont insidieux et multiformes. Curieusement, ceux qui nous dressent ces obstacles sont nos plus grands admirateurs.  » On nous accuse à tort d’être financé par des opposants alors que ceux qui le disent savent très bien que ces opposants eux-mêmes ne se soucient guère des difficultés auxquelles nous sommes confrontés et se plaignent même de leur situation économique précaire due à leur engagement politique « . Je lui ai dit que seul le pouvoir dispose des caisses de l’Etat et donne de l’argent à des responsables de journaux qu’il peut manipuler pour sa propagande politique. Dieu seul sait par quel gymnastique nous arrivons à joindre les deux bouts par les temps qui courent. Puisque M. Henri Malet a allumé son dictaphone, j’ai profité de l’occasion pour lui dire des vérités dans l’espoir qu’il les fera écouter aux mains obscures qui l’ont dirigé vers moi.

Au cours de l’entretien, j’ai senti que Henri Malet voulait me faire entonner la sempiternelle chanson des autorités togolaises selon laquelle l’opposition est responsable de la suspension de la coopération et partant de l’état déplorable que vit le pays. Je lui ai dit en substance qu’il est farfelu de dire que des opposants misérables et sans aucune force ni moyen, puissent manipuler la communauté internationale contre un pouvoir quarantenaire qui possède des moyens énormes et qui dispose à sa guise, des caisses de l’Etat pour atteindre ses objectifs.  » En regardant la télévision, tu verras des images et écouteras des déclarations que le pouvoir fait diffuser pour corroborer l’idée selon laquelle les Togolais ont tous adhéré au RPT et que l’opposition n’à plus le moindre soutien populaire. On ne peut pas à la fois dire que l’opposition togolaise est faible et soutenir sans tomber dans le ridicule qu’elle est capable d’anéantir les efforts d’un gouvernement omnipotent comme le nôtre « . Il est par conséquent inconvenant de dire que cette opposition  » qui ne vaut rien  » bloque la reprise de la coopération. En revanche, j’ai fait comprendre à Henri Malet que plusieurs courtisans du chef de l’Etat vivent de la suspension de la coopération. Ils profitent de cette occasion pour empocher des frais de mission en inventant des randonnées touristiques allant de capitale en capitale sous prétexte qu’ils négocient la reprise de la coopération. Ce sont ces profiteurs de la crise qui font tout pour que la coopération ne soit pas reprise afin qu’ils pérennisent leur business.
Après avoir clairement exprimé mes opinions, je ne peux qu’être scandalisé en lisant dans  » l’Humanité « , un journal pro-communiste que j’ai reproché à l’opposition son  » irresponsabilité  » pour avoir  » privilégié l’absence de toute aide extérieure en prenant en otage la population « .(Lire l’article ci-contre). Henri Malet a dû, –sous le charme des espèces sonnantes et trébuchantes du pouvoir, –me confondre avec un baron du RPT. Ce qui est contraire à mon indépendance pour laquelle il est venu vers moi. Il est le prototype de mercenaire de la plume, un genre de ces flibustiers qui écument des milieux politiques africains. Je ne suis pas politicien mais simple journaliste et je ne peux admettre qu’on se serve de moi pour atteindre des buts politiques inavoués. Henri Malet est cynique.

J’avais senti que ce monsieur était en service commandé et qu’il allait plaider la cause du pouvoir mais je n’ai pas imaginé un seul instant qu’il peut piétiner le scrupule jusqu’à m’attribuer des propos de politicien de l’Etat RPT. Pour lui montrer que je me suis fait une idée de ce qu’il recherche en réalité, je lui ai fait comprendre que les autorités togolaises sont très attentives à tout ce qui touche à la communication.  » Elles te donneront beaucoup d’argent, elles t’entoureront de soins et une fois arrivé en France, tu écriras des fadaises pour leur faire plaisir ». Je lui ai cité l’exemple de son confrère François Soudan qui, à force de venir se sucrer à Lomé 2 à la moindre occasion, est devenu le principal griot du régime en place. Henri Malet savait qu’en lui disant cela, je ne blaguais pas. Selon nos informations, il n’a pas quitté Lomé les poches vides. Seule la direction du journal  » l’Humanité  » peut ignorer tout le marchandage qui entoure l’article de son correspondant particulier.

(Affaire à suivre).

Abass Mikaïla SAÏBOU

LETTRE DE PROTESTATION DE MR SAIBOU ABBAS A LA REDACTION DE L’HUMANITE

SAIBOU Mikaïla Abass Lomé, le 01 Novembre 2004
Directeur de la Publication
Le Regard
BP. 81213 Tel / Fax (228) 222 65 89 A
Cel (228) 904 09 49 Email leregard13@yahoo.fr

Objet : Protestation

Monsieur le Rédacteur en chef,
L’Humanité

C’est avec indignation que j’ai lu l’article publié par votre journal, édition du 29 octobre 2004, sous la plume de Henri Malet et intitulé  » Maintien ou Levée de l’embargo « . J’ai des raisons de douter de l’honnêteté de votre correspondant particulier qui a eu la témérité de m’attribuer des propos farfelus que je n’ai jamais tenus.

En écoutant la bande de son dictaphone portant l’enregistrement de notre entretien à Lomé le 07 octobre 2004, vous verrez qu’à aucun moment je n’ai  » reproché à l’opposition son irresponsabilité pour avoir privilégié l’absence de toute aide extérieure en prenant en otage la population « .
Je connais mon pays. Ce monsieur a été corrompu par le pouvoir en place pour monter un coup contre moi. C’est pourquoi je proteste énergiquement contre ce gangstérisme journalistique qui porte atteinte à mon honneur tout en espérant que vous prendrez les dispositions qui s’imposent pour réparer ce préjudice qui constitue un manquement grave à la déontologie de notre profession.

Veuillez recevoir monsieur, l’expression de mes sentiments confraternels.

Le Directeur de la Publication
Abass Mikaïla SAIBOU

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