26/09/2022

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Togo vs Bénin : Déchaînement de violences après le match de foot !

Par Vénavino DALVEZ

Le dimanche 17 juin 2007 avait lieu, à Cotonou, le match retour entre l’équipe nationale du Bénin et les Ecureuils du Togo. Rencontre comptant pour la 5e journée des matchs qualificatifs pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2008) qui se tiendra en 2008 au Ghana. Ce match a donné lieu à un incroyable déchaînement de passions dans les deux pays occasionnant une spirale de violence dans l’indifférence totale des autorités des deux pays.

JOUEURS ET SUPPORTEURS TOGOLAIS DANS LE GUEPIER BENINOIS

Déjà dans le cadre de ces matchs de qualification en Sierra Léone, le crash d’un hélicoptère, avait provoqué 22 morts : 14 Togolais, des supporters et des personnalités dont le Ministre des Sports Richard Attipoé avaient été brûlés vifs à leur arrivée à l’aéroport de Lungi. C’est après ce drame que le dimanche 17 juin devait se tenir, à Cotonou, le match retour de celui qui eut lieu à Lomé, dans le cadre des matchs de qualification des équipes du pool 9 à la CAN 2008.

Le samedi 16 juin, veille du match, l’équipe nationale togolaise des Eperviers a vécu un véritable enfer à son arrivée à Cotonou, l’accès au stade pour la traditionnelle reconnaissance du terrain lui ayant été refusé alors que survenaient de graves incidents au cours desquels le Secrétaire d’Etat à la Jeunesse Gilbert Atsu qui conduisait la délégation était victime d’une agression physique avant de se faire voler son téléphone portable. Trois joueurs de l’équipe nationale : Tchagnirou Ouro-Nimini, Senaya Junior et Moumouni Djabarou étaient également agressés alors que les vitres du bus transportant les joueurs éclataient sous les jets de pierres.

Le jour du match, les conducteurs des véhicules d’immatriculation togolaise ont été pris à partie, arrêtés, violentés et aspergés d’eaux des caniveaux. A l’entrée du stade, les supporters togolais ont subi des fouilles systématiques de la part des forces de l’ordre. Les brimades, railleries et toutes sortes d’exactions (jets de cannettes, de liquides nauséabonds (urines, défections, etc.) faites par des supporters béninois furent incessantes devant les policiers affectés à la sécurité.
Les joueurs togolais quant à eux, ont vécu un véritable calvaire. Pendant les 90 minutes du match et à la pause de la mi-temps où il leur a été interdit de rejoindre les vestiaires, ils ont été la cible de tous projectiles et injures innommables. Le comble a été atteint lorsqu’en plein match un supporter béninois vola, par deux fois, le porte gant du gardien de but togolais dans sa cage sans être inquiété par les forces de sécurité, ce qui entraîna un arrêt momentané du match.

Dans un climat aussi empoisonné, les joueurs de l’équipe nationale togolaise, totalement en dehors du coup, ont perdu le match par 4 buts à 1. Jamais ils n’ont subi pareille défaite ces dernières années, pressés qu’ils étaient de se sortir du guêpier béninois et de rentrer sains et saufs au Togo. On comprend mieux pourquoi, prévenus des dérives xénophobes contre les Togolais au Bénin, les joueurs vedettes de l’équipe nationale togolaise, Adebayor Sheyi, sociétaire de l’équipe anglaise d’Arsenal en Angleterre et Kougbadja Kader, sociétaire d’une équipe d’un Emirat du Golfe persique ont refusé de jouer le match – bien qu’ayant été officiellement sélectionnés – invoquant des raisons de « sécurité » qui n’avaient pas été comprises de prime abord. Interviewé à son retour à Lomé, Stephen Keshi, l’entraîneur de l’équipe nationale togolaise avouera que de toute sa carrière tant de joueur que d’entraîneur, il n’a jamais vu une situation pareille.

Les journalistes togolais surtout ceux de la presse sportive qui ont fait le voyage de Cotonou n’ont pas été en reste, sans cesse violentés, la plupart d’entre eux ne pouvant couvrir dans la sérénité le match dont la retransmission à la radio nationale a été inopinément interrompue, un reporter d’une chaîne privée de télévision togolaise ayant eu sa caméra cassée.
Le retour à Lomé tant pour les supporters que pour les joueurs s’est passé dans le même enfer, tout véhicule d’immatriculation togolaise essuyant des jets de pierre de Cotonou jusqu’à la frontière de Hilacondji.

COMMENT EN EST-ON VENU LA ?

Tout remonte à la CAN des cadets (moins de 17 ans) lors de laquelle, au mois de mars, à Lomé, un incident eut lieu entre les présidents des fédérations de football des deux pays voisins, Anjorin Moucharaf, président de la fédération béninoise de football et Tata Adaglo Avlessi, président de la fédération togolaise de football, alors que couvait une crise au sein de la fédération ouest africaine de football.

On n’a jamais réellement su la vérité sur l’antagonisme entre les deux hommes ; mais Anjorin Moucharaf, qui a une réputation de provocateur, s’est plaint d’avoir été giflé par Tata Avlessi qui nie les faits. Une « réconciliation » sous l’égide d’Issa Hayatou, président de la Confédération africaine de football (CAF) a eu lieu entre les deux hommes lors de l’inauguration d’un centre de formation de football dans la région de Kloto et on croyait l’incident clos. Par ailleurs, un journaliste béninois aurait été agressé lors du match aller et, pour leur part, les supporters béninois se sont plaints d’avoir été humiliés et raillés à la fin de ce match où l’équipe nationale du Bénin a été battue par l’équipe togolaise.

On en était donc là. De l’avis de ceux qui ont vécu la préparation de ce match au Bénin, la semaine précédant ce dimanche 17 juin a connu une montée sans précédent d’une campagne de xénophobie contre les Togolais, ouvertement attisée dans les milieux du football et de la presse. Le président de la République béninoise, Yayi Boni, a dû prendre l’initiative d’inviter, par trois fois, les responsables sportifs béninois au cours de la même semaine, pour en appeler au calme. Il ne fut malheureusement pas entendu, le désir de vengeance étant manifestement plus fort, jusque dans les rangs des forces de l’ordre !
La suite est connue.

DES CONFLITS FRATRICIDES EN CONTRADICTION AVEC LES TRADITIONS DE SOLIDARITE ET D’HOSPITALITE

Comme toujours dans ce genre de situation où la violence appelle en réaction la violence, les règlements de compte s’enchaînent à chaque nouvelle agression contre les Togolais au Bénin et vice versa. C’est ainsi que des jeunes de la ville d’Aného, surexcités, ont barré la route internationale à la frontière de Hilacondji, empêchant l’entrée au Togo des véhicules de transport en commun qu’ils saccageaient tout en violentant les passagers le lundi 18 juin. De même à Lomé, des groupes de jeunes revanchards se sont organisés dans certains quartiers pour déloger des ressortissants béninois, actes condamnés et interdits par certains chefs de quartiers.

Tous ces événements sont tristes à plus d’un titre et il convient d’agir vite pour qu’ils s’arrêtent avant que les querelles de clocher entre deux présidents de fédération irresponsables n’aient de plus graves conséquences et ne conduisent à déchirer ces peuples frères artificiellement divisés par une frontière héritée de la colonisation. L’histoire des traditions de solidarité et d’hospitalité entre les peuples du Bénin et du Togo est trop connue pour être abominablement détruite par un simple match de football.
On doit rappeler de quelle façon sous la terreur du régime du dictateur Kérékou, les démocrates béninois se sont exilés au Togo, et surtout l’exode de plus de 300 000 Togolais fuyant les massacres de janvier 1993 vers le Bénin où ils ont été accueillis dans leurs familles et celles de leurs amis ; cela reste gravé dans les annales de l’histoire africaine de ces quinze dernières années.

C’est ce sursaut éminemment positif contre la bestialité des régimes qui nous gouvernent qui doit être chèrement entretenu et légué aux générations futures et non les bas instincts de ceux qui ont besoin de pousser à l’affrontement les mêmes frères du Togo et du Bénin afin que, locaux comme étrangers, ils continuent à piller tranquillement nos pays et les richesses de leurs peuples. Faut-il s’étonner si, depuis les graves incidents du dimanche 17 juin au Stade de Kouhounou à Cotonou et les réactions qu’ils ont entraînées au Togo, Faure GNASSINGBE et son gouvernement se murent non seulement dans un silence assourdissant et n’entreprennent rien en direction de leurs homologues béninois pour éviter que la situation ne dégénère davantage ?

Tout Togolais ou Béninois se considérant comme un authentique africain a le devoir de se mobiliser pour expliquer à ses frères du Togo et du Bénin qu’en aucun cas, ces violences ne servent leurs intérêts, bien au contraire, elles ne peuvent que les diviser pour le plus grand profit de leurs ennemis qui sont les mêmes.

La rédaction letogolais.com