08/12/2022

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Christian et ses petits boulots

Diplômé d’Université, Christian vit pourtant de petits boulots à Lomé. Il n’a pas été admis au dernier concours de recrutement dans la fonction publique organisé par le gouvernement le 11 juillet 2003. Il est donc déçu car il y avait mis tout son espoir. Comme la plupart des diplômés d’Université, Christian survit grâce à d’humiliants petits boulots chichement rémunérés.

Brillant à l’UB, Christian n’a passé que quatre années à l’Université depuis l’obtention de son baccalauréat en 1991. Sur le campus, il a fait partie de plusieurs mouvements estudiantins de contestation. Il est connu de plusieurs directeurs ou anciens responsables de société car il a multiplié des lettres de candidatures, avec des « J’ai l’honneur » jamais bien honorés.

Christian a 40 ans et cumule aujourd’hui des années de chômage. Après avoir réalisé qu’il ne pourrait plus utiliser son diplôme pour obtenir un travail, il en a fait une sculpture murale dans sa chambre. Il répète à tous ses visiteurs cette phrase : « mes enfants diront que leur papa n’a pas été fainéant à l’école ».

En matière de petits boulots, il a commencé par un stage bénévole dans un cabinet d’expertise comptable. Cela a duré une année. Il a ensuite rejoint un cabinet d’huissier de justice avant de devenir attaché de direction dans une agence de communication où il est payé à la commission ; mais pendant 6 mois, il n’a décroché aucun marché. Christian a obtenu ses permis de conduire taxi-moto et taxi de ville mais il n’a ni moto ni voiture. Il exerce donc ce qu’au plan local on désigne sous le vocable de « Spayer ». Pendant que les propriétaires des véhicules se reposent, il négocie les voitures ou moto pour des courses en ville, ensuite, il verse des commissions aux propriétaires. Ca marche quelquefois… mais pas toujours, alors il vaque à d’autres occupations à contre cœur. Il passe des écritures comptables dans certains petits services privés inscrits au registre du Ministère du commerce. Il a été vendeur à la sauvette, agent commercial, photographe ambulant, démarcheur de maison, coursier pour touristes, répétiteur pour enfants de familles aisées, etc…
Malgré les aventures parfois malheureuses de Christian, il n’est pas amer : « j’ai fait tous les boulots sauf ceux qui n’ont pas encore existé. C’est ma façon à moi de dribler le chômage qui sévit dans le pays. Aujourd’hui je ne crève pas de faim et tant mieux ».

Comme Christian, l’université jette chaque année plusieurs milliers de diplômés dans la rue. Parfois la formation n’est pas adéquate mais dans la plupart des cas les raisons sont ailleurs. Nombreux sont ceux qui vont grossir le rang des conducteurs de taxi-moto (Zémidjans). Quelques-uns rentrent dans l’enseignement souvent privé mais avec quels salaires : « de l’exploitation tout court » estime un enseignant. D’autres préfèrent aller chercher l’eldorado hors du pays. Et la tendance est grande !

Le rédaction letogolais.com