05/12/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

DECLARATION de l’Union Nationale des syndicats Indépendants du Togo(UNSIT)

Relative à l’aggravation des conditions de vie des travailleurs

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Après avoir analysé la situation que traversent actuellement les travailleurs au Togo,
situation caractérisée par une dégradation accélérée de leurs conditions de vie, l’UNSIT a résolu de faire la Déclaration ci-après.

– Les fonctionnaires de l’Etat accumulent aujourd’hui de quatre (04) à dix (10) mois d’arriérés de salaires.
– Les agents permanents ont cinquante-quatre (54) mois d’arriérés d’allocations familiales.
– Les retraités, qui ne jouissent plus de leur droit à l’indemnité de départ à la retraite (12 mois de salaire), accusent six (06) mois d’arriérés de pension.

Alors que, tous les mois, à cause des retards dans leur paiement, salaires et pensions sont systématiquement diminués de huit mille huit cent cinquante francs (8.850F) à titre de pénalités de retard sur les factures d’électricité, d’eau et de téléphone ; et dans une situation où le pouvoir d’achat a perdu, selon des estimations dignes de foi, entre 150 et 200% depuis 20 ans.

– Le nombre de travailleurs licenciés et « compressés » va croissant, du fait des privatisations tous azimuts et du bradage des sociétés d’Etat (OTP, CEET, CFT, Hôtels Sarakawa et 2 Février, Service Manutention du Port autonome de Lomé, etc.), venant grossir les rangs compacts des chômeurs, laissés-pour-compte et autres exclus sociaux.

L’UNSIT rappelle que les points de cette situation en dégradation accélérée ont fait l’objet de revendications tant générales que sectorielles contenues dans la Plate-forme revendicative (PFR) que la Centrale syndicale a déposée depuis le mois d’avril 2001, sur le Bureau du gouvernement, sans qu’aucune suite n’ait été donnée jusqu’à ce jour.

L’UNSIT note, par ailleurs, que le gouvernement, pour justifier les difficultés économiques du pays et ne pas honorer ses obligations et engagements vis-à-vis des travailleurs, des étudiants, des retraités et de la population dans son ensemble, a toujours notamment pris prétexte de la suspension de l’aide de l’Union européenne.

Or, un document rendu public récemment par l’ex-Premier ministre, ancien chef du gouvernement, affirme, entre autres, que « les recettes mensuelles de l’Etat devraient suffire à couvrir les besoins élémentaires notamment les salaires, les bourses, les pensions et les dépenses publiques prioritaires en faveur de la lutte contre la pauvreté. »

C’est aussi la très officielle Commission de lutte contre la corruption et le sabotage économique mise en place par le Chef de l’Etat qui, dans une Mise au point de son président commentant des déclarations du même ex-Premier ministre, reconnaît que :

– 222.990.000 FCFA ont été dépensés pour l’acquisition d’un buste sculpté en vermeil à l’effigie du Chef de l’Etat ;

– 40.000.000 FCFA pour une canne avec embout et crosse en or massif 24 carats, cadeau destiné au même Chef de l’Etat ;

– 1.314.401.497 CFA sur 4 ans, pour l’achat de boissons de luxe comme cadeaux de fin d’année…

D’autres révélations récentes, publiées dans l’officiel Togo-Presse, font état de milliards FCFA dilapidés tous les mois pour « rétribuer » les « marches de soutien » au Chef de l’Etat !..

On croit rêver.

L’UNSIT constate, avec une amertume et un écœurement profonds, à l’instar des travailleurs et du peuple togolais, que l’ensemble de ces déclarations et révélations obscènes ne fait que confirmer la gestion désastreuse des ressources nationales, la formidable gabegie et la prévarication de masse institutionnalisées au sommet de l’Etat ; fléaux qu’elle n’a cessé de dénoncer, avec les travailleurs, comme constituant les traits caractéristiques de la « politique » menée, depuis de longues années, par le gouvernement et dans lesquels il convient de situer, avec le paiement de la dette extérieure et les programmes d’ajustement structurel (PAS), conséquences de cette politique, les causes réelles du marasme économique généralisé, de la profonde dégradation des conditions de vie des travailleurs et l’abjecte pauvreté dans laquelle croupissent aujourd’hui les populations de notre pays.

Ainsi, l’on peut affirmer, avec la plus entière objectivité,

– que le développement du pays et le bien-être des travailleurs togolais qui produisent la richesse du pays, ne rentrent pas dans les « priorités » de l’action gouvernementale ;

– que les ressources du pays sont dilapidées à des fins de prestige et pour le paiement d’une dette extérieure qui n’est pas celle du peuple togolais ; et ce, au détriment des salaires, des pensions de retraite, des allocations familiales, des bourses et subventions, de l’instruction et de la santé publiques, de la construction et de l’entretien des infrastructures etc. ;

– que le patrimoine national est bradé à travers des « privatisations sauvages et fantaisistes » au profit d’« intérêts particuliers et mafieux »…

En conséquence de quoi, le gouvernement multiplie impôts et taxes qui accentuent l’appauvrissement de la population, tandis que les factures d’électricité, d’eau, de téléphone, que le prix des produits de première nécessité, les médicaments notamment, sont frappés d’augmentations inconsidérées et à répétition.

De nouveau, l’UNSIT dénonce et proteste, avec la plus extrême vigueur, contre cette inadmissible politique de gabegie généralisée et de régression sociale qui, aujourd’hui, menace la survie même des travailleurs et du peuple togolais.

En conséquence,
et comme mesures d’urgence à prendre pour commencer, enfin, de lutter contre le désastre économique et social, l’UNSIT exige du gouvernement :

1°) l’ouverture, dans les meilleurs délais, de négociations sur la Plate-forme revendicative (PFR) déposée par la Centrale, depuis avril 2001, sur le Bureau du Chef du gouvernement ;

2°) le paiement de tous les arriérés de salaires, pensions, allocations familiales, bourses et subventions ainsi que ceux de toutes les indemnités, notamment celles de départ à la retraite ;

3°) le paiement régulier et à terme échu, des salaires, pensions, allocations familiales, bourses, subventions et autres indemnités ;

4°) le déblocage des avancements automatiques et promotions dont le blocage, depuis janvier 2000, désavantage considérablement les agents retraités de l’Etat dans la liquidation de leurs dossiers de pension ;

5°) le retour immédiat de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) à son statut d’institution de droit public et la restitution des quelque 79 milliards FCFA ponctionnés sur ses fonds ;

6°) l’audit rapide, par l’Inspection d’Etat, des finances publiques et des sociétés d’Etat existantes ou liquidées (cas, par exemple, de l’Office des produits agricoles du Togo – OPAT);

7°) l’audit rapide de toutes les opérations de privatisation et la reprise par l’Etat des sociétés privatisées à savoir : OTP, CEET, Togo Télécom, Manutention Port autonome de Lomé, etc.

8°) la cessation de tout paiement de la dette extérieure ;

9°) la redistribution rationnelle des richesses du pays.

L’UNSIT lance un vibrant appel à tous les travailleurs et travailleuses de tous les secteurs d’activités, aux organisations syndicales togolaises, en vue d’une mobilisation générale, pour que, à travers l’exigence de satisfaction, par le gouvernement, des revendications ci-dessus exprimées, ils œuvrent à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail et à la défense effective de leurs intérêts.

Fait à Lomé, le 16 juillet 2002

Pour l’UNSIT,
Le Secrétaire général

T. N. GBIKPI-BENISSAN