18/08/2022

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Oraison funèbre de Atsutsè Agbobli *

Chers frères et sœurs du Togo, d’Afrique et d’ailleurs,

Permettez-moi tout d’abord de vous remercier de votre présence si nombreuse à nos côtés en ces difficiles moments.

Au nom de l’ensemble de notre famille, je tiens à vous exprimer notre profonde gratitude pour vos témoignages de soutien, d’affection et d’encouragement sans cesse renouvelés.

Bien plus que l’oraison funèbre de notre père, c’est un message de combat que je suis venu vous délivrer.

Tous ceux qui l’ont bien connu se souviennent qu’Atsutsè Kokouvi AGBOBLI avait coutume de dire que « la vie est un combat ».

Héritier d’une lignée d’irrédentistes et de nationalistes togolais, il n’eut de cesse de mener, tout au long de sa vie, un combat pour la liberté et l’émancipation des peuples togolais et africains.

Des bancs du Collège Saint-Joseph de Lomé à ceux de la Sorbonne en passant par la faculté d’histoire de Poitiers et Sciences Po, il a été de toutes les luttes de la jeunesse africaine de son temps et a très tôt appris ce qu’il pouvait en coûter d’être un militant noir et panafricain.

Les anecdotes à ce sujet sont légions, mais une d’entre elles symbolise plus qu’aucune autre la précocité et la plénitude de son engagement. Répondant, en classe de 3ème, à la question du père français Sprunck sur ses projets professionnels futurs, il déclara qu’« il souhaitait devenir président des Etats-Unis d’Afrique pour chasser les Blancs hors du continent africain ». Ce jour-là, je crois qu’il comprit combien la cravache de l’homme blanc pouvait faire très mal.

Mais rien ni personne n’aurait pu le faire dévier de ce chemin parsemé d’embûches pour l’affirmation du peuple noir. Ni les affres de l’exil des années 1970 et 1980 ni son retour au pays au début des années 1990 n’ont changé d’un iota son idéal et son projet panafricain.

Il voulait un continent noir industriel et prospère jouant à armes égales avec les autres et, pour cela, il n’hésitait pas à livrer une guerre sans merci contre les puissances extérieures dominatrices alliées aux forces réactionnaires africaines dans un but de sujétion des populations et d’accaparement des immenses richesses de notre continent.

Nombreux sont ceux qui lui martelaient l’inanité de son combat dans un monde où, selon ses propres mots, «les ambitions personnelles et claniques ont trop souvent tendance à prendre le dessus sur les ambitions collectives de développement national et continental».

Mais pour lui ce combat n’était pas uniquement le sien. Il devait être celui de tous et en particulier des jeunes générations. Sa porte était toujours ouverte aux jeunes et aux moins jeunes avides de partager avec lui ses connaissances éclectiques sur l’Afrique et le monde. A l’évidence, le savoir s’entendait pour lui comme la transmission d’une mémoire.

Atsutsè Kokouvi AGBOBLI est mort au champ d’honneur et entre aujourd’hui par la grande porte au Panthéon des révolutionnaires et nationalistes africains aux côtés d’illustres combattants comme Thomas Sankara et Jonas Savimbi.

Avec eux, je suis sûr qu’il continue de mener une lutte féroce contre les tenants de la réaction qui l’ont précédé dans l’au-delà.

Son corps n’est plus, mais ses idées demeurent. Elles sont à jamais inscrites aux patrimoines togolais et africain. Libre à chacun de les méditer et de se les approprier dans l’esprit qui était le sien : un esprit d’ouverture et de dialogue.

La dernière page du livre de sa vie a été écrite à l’encre de sang. Preuve, s’il en est encore besoin, que plus que jamais le combat continue….pour la vérité, la justice et surtout pour l’Afrique.

Je vous remercie.

* Oraison prononcée par Ayaovi Agbobli lors de la veillée du 12 septembre 2008