26/11/2022

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Quarante millions qui ont sanctifié le code liberticide de la presse

MON OPINION : par Séraphin Adjogah

Depuis le lundi 21 octobre, les journalistes togolais peuvent s’écrier : « Alléluia ! Le nouveau code liberticide de la presse est adopté ! Alléluia ! Nous l’adoptons ! Alléluia ! Adieu les bonnes manières ! L’enfer, ce n’est pas que les autres !»

Simple constat de profanes et naïfs comme nous, qui sommes dans notre coin et qui regardons les grands acteurs journalistiques togolais, faiseurs d’opinions, émérites doyens de la presse leur offrir leurs prestations.
Tout serait parti, il y a quelques mois, de la publication par certains organes privés togolais de textes et documents jugés secrets et/ou hyper sensibles. On cite pèle mêle, les documents financiers du Port Autonome de Lomé, de secrets défense de l’armée togolaise…Des documents rendus publics par la presse et qui ne seraient pas très reluisants pour le pays. Ces publications auraient donc décidé le gouvernement, sous la houlette du ministre de la communication et de la formation civique, de proposer à l’Assemblée Nationale une modification du code de la presse. Ce code que des professionnels jugeaient déjà suffisamment liberticide.

Puis, de rencontres d’échanges avec le Ministre Pitang, en journées de réflexion sur le code de la presse, l’on est arrivé par quelle magie, nul ne saurait le dire exactement aujourd’hui, à voir les journalistes décidés de se rendre à Lomé 2. C’est, à ce qu’on laisse entendre, le lieu de toutes les solutions. On se souvient, écrit en passant, qu’un matin, la bande à Affognon du Grand Marché de Lomé (accusée de malversations financières) s’était retrouvée à Lomé 2 avec les femmes du Grand Marché dites escroquées pour déclarer chacun devant le « Père de la nation » « Papa, nous allons payer ».
Alors, on semble comprendre la démarche des journalistes. Voir « Papa » pour qu’il ne promulgue pas le nouveau code de la presse et profiter aussi de la rencontre pour lui demander de faire activer l’aide à la presse régulièrement inscrite en ligne budgétaire de l’Etat et obtenir la réduction des redevances des radios locales togolaises.

Quatre semaines après la rencontre avec le premier Magistrat togolais, le bilan est lourd de millions ramenés par les collègues. Le 21 septembre : 9 millions. Beaucoup ont tôt fait de dire que c’était des « cadeaux individuels ». Le 21 octobre dernier, 40 millions. Cette fois-ci, on nous dit que c’est une « aide à la presse privée». Très touchant, venant du « Chef de l’Etat très sensible aux problèmes de la presse privée togolaise » ! (Togo-presse N° 6388 du 22 octobre 2002).

Mais, là où nous ne comprenons plus le langage d’ «aide à la presse » et qu’aucun lexique ne nous a permis de saisir jusqu’à ce jour, c’est de voir cette « aide à la presse » se retrouver dans des poches personnelles. Sans autre forme de procès ! « Dédommagement » des délégués pour « préjudice moral » subi en allant à Lomé 2. Nous a-t-on dit pour nous informer. Comme si, aller à Lomé 2 constituait un préjudice moral quand on sait clairement dans sa tête que c’est pour aller défendre l’intérêt de la profession. Et aussi, comme si chaque « préjudice moral » équivalait à 500 000 fcfa par personne et par déplacement à Lomé 2. Alors-là, ne faudrait-il pas que tous les Togolais s’arrangent pour subir ce « préjudice moral » au moins chaque semaine et ne plus réclamer leurs salaires ?

Ainsi donc, avant que cette aide ne fasse le chemin des poches vides en ces temps de crise généralisée, des confrères dont la sagesse n’existe que par illusion se sont découvert des talents de pugilistes. Emportés par une danse de St Guy, ils avaient une fébrilité à vous donner de la nausée. La voix haute, ils ont rivalisé avec les grondements de tonnerre. D’autres, yeux enflammés de colère (l’argent doit être distribué, sorti de leur dents serrées) comprenaient mal que des journalistes ne trouvent pas plus sérieux d’empocher purement et simplement ce « butin de guerre » pour résoudre leurs problèmes.

Comme disait l’autre, les meilleurs acteurs ne se trouvent que dans les coulisses. Jamais sur les podiums. Simple à comprendre ! Nous qui sommes promptes à critiquer les autres, à jeter la première pierre, à raconter des anecdotes sur les scènes de distributions de sous qui se déroulent en face de Lomé 2 après des manifestations dites de badauds, nous avons fait pire. Nous qui écrivons souvent que l’argent de Lomé 2 a conduit des jeunes aux services des urgences des hôpitaux, nous sommes incapables d’un minimum de patience pour voir à tête froide l’utilisation à faire de cet argent. Nous avons été incapables de laisser l’« argent se refroidir ou se reposer » un tout petit peu. Il urgeait, pensions-nous, de le « diviser », de le croquer et de l’avaler à chaud. Comme pour confirmer ce proverbe Mina, qui nous apprend que : « la sauce crapaude se mange chaude ». Nous avons été incapables de convoquer les autres confrères, de leur faire un bilan de nos démarches, pour enfin leur annoncer d’une manière élégante les conclusions de nos démarches auprès des autorités du pays. Alors-là, que reprochons-nous à ces « badauds » qui ne se sont jamais déclarés faiseurs d’opinions ou défenseurs de la bonne gestion et qui ne critiquent personne sur la conduite des affaires de la cité ? Beaucoup d’entre nous « ont pissé » sur le journalisme qu’ils ont exercé depuis des années. On dirait qu’ils n’attendaient que cette occasion pour aussi sauter sur le gain facile. Malheureux !

A mon avis, une chose était à faire, qui aurait grandi la profession. D’abord, les premiers cadeaux individuels de 9 millions devraient se retrouver dans un compte bancaire. Les seconds 40 millions d’aides à la presse les auraient rejoint. Des gens (assez minoritaires) ont suggéré cette façon de procéder. Dieu seul sait ce que cela leur a coûté ! Puis, sur la base des projets élaborés par certaines associations et institutions (la Maison du Journalisme, l’Ujit, l’OTM) et en recevant les projets des autres organisations qui n’en avaient pas (ATEPP, URATEL….), on mettrait en place une commission. Le rôle de celle-ci serait d’étudier, au regard des doléances des uns et des autres la quote-part à affecter à chaque organisation ou à chaque institution pour la réalisation de leurs objectifs.

On ne sait sur quelle base, pendant que certains se mettaient 500 000 f cfa en poche, on remettait 5 millions à une organisation, 10 à une autre, … Sur quoi les gens ont décidé de « donner » aux autres ?

La mission confiée ou que les gens se sont confiée, nul ne pourrait dire ce qu’elle est devenue. Le code de la presse reste intact. Jusqu’à nouvel ordre. A moins qu’il ne sert de motif pour aller chercher un autre « dédommagement moral» !

Séraphin ADJOGAH
Responsable de l’administration à la Maison du Journalisme