18/06/2024

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Togo: Plus de 800 morts depuis la mort d’Eyadema, selon une ONG

Par Noël Kokou Tadégnon

Le Togo a enregistré 811 morts et 4.508 blessés des suites de violences politiques depuis le décès de l’ancien président Gnassingbé Eyadema, le 5 février, affirme un rapport de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH).

Publié ce week-end à Lomé, le rapport de la LTDH est rejeté par le gouvernement. La LTDH est une organisation non gouvernementale (ONG) basée dans la capitale togolaise.

Ce rapport devrait être publié vendredi, à Lomé, au cours d’une conférence de presse qui n’a pas pu se tenir. Selon un communiqué de la LTDH, une cinquantaine de miliciens du Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti au pouvoir de Faure Gnassingbé, ont fait irruption dans les locaux de la LTDH pour perturber la conférence de presse.

Intitulé ‘Stratégie de la terreur au Togo (II) – Un règne aussi court que sanglant’, le rapport qui recense les violations des droits de l’Homme commises dans le pays depuis le 5 février, a été finalement rendu public samedi.

Le rapport indique qu’il y a eu 21 morts et 163 blessés avant la campagne de l’élection présidentielle du 24 avril, et 790 morts et 4.345 blessés depuis la période de révision des listes électorales jusqu’au 5 mai. « Soit au total 5.319 victimes occasionnées par la répression organisée par le gouvernement ».

Selon la LTDH, « c’est du jamais vu dans toute l’histoire du Togo ». Elle demande l’intervention urgente d’une force d’interposition et la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale indépendante sur les « crimes abominables perpétrés par les putschistes contre le peuple togolais ».

« Les droits de l’Homme avant, pendant et après l’élection présidentielle ont été violés au Togo, la dignité humaine n’est pas respectée et nous tenons le pouvoir pour responsable », a déclaré à IPS, Eklou Clumson, vice-président de la LTDH.

Pitang Tchalla, ministre togolais de la Communication et porte-parole du gouvernement togolais, a récusé le rapport qu’il a qualifié de « plaisanterie de mauvais goût ». Selon lui, « Cela frise le ridicule, ce genre de chiffres ».

« Avant la tenue des élections, les leaders les plus extrémistes de l’opposition avaient proclamé que les résultats se joueraient dans la rue, et dès la proclamation des résultats provisoires, des actions violentes et concertées ont été menées conformément à ce plan », a ajouté Tchalla.

« Ce rapport de la LTDH est partisan, il ne prend pas en compte les victimes du RPT », regrette Chantal Labane, une étudiante en droit à l’Université de Lomé.

La coalition des six partis de l’opposition radicale demande également une enquête internationale indépendante. « La mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante est un préalable à toute discussion », a dit à IPS, Yaovi Agboyibo, coordinateur de la coalition.

« Nous n’avons aucune confiance en des experts indépendants togolais, de la CEDEAO, voire africains en général, il faut que l’enquête soit menée par une commission indépendante internationale », a déclaré aux journalistes, Zeus Ajavon, porte-parole d’un collectif des associations et organisations de la société civile.

La CEDEAO est la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest qui a avalisé les résultats de l’élection présidentielle du 24 avril remportée par Faure Ganssingbé, le fils de l’ancien président. Mais l’opposition et les organisations de la société civile du Togo ont dénoncé le parti pris de la CEDEAO.

Claude Vondoli, président du Mouvement togolais de défense des libertés et des droits de l’Homme (MTDLDH), proche du pouvoir, a demandé également aux nouveaux dirigeants du Togo de faire la lumière sur les violations des droits de l’Homme pendant et après le scrutin. Il demande au gouvernement de situer les responsabilités dans les actes de vandalisme et de violation des droits civiques, et de dédommager les victimes.

Vondoli s’est refusé à commenter le rapport de la LTDH. Son mouvement se propose de rendre public, la semaine prochaine, un autre rapport sur la situation des droits de l’Homme au Togo. Il est également le porte-parole du Réseau des associations, organisations de la société civile du Togo, une autre structure de la société civile regroupant des associations proche du parti au pouvoir. Selon des observateurs à Lomé, tout laisse croire que ce rapport du MTDLDH portera uniquement sur les violences subies par les membres du parti au pouvoir.

Le 12 mai, les médias officiels ont annoncé que le président déclaré élu, Faure Gnassingbé, envisageait la mise sur pied d’une commission d’enquête nationale indépendante.

Pendant ce temps, les Togolais continuent de fuir leur pays. « Nous avons fui depuis les attaques de l’armée contre notre quartier, et nous sommes revenus du Ghana dimanche (8 mai) pour reprendre les cours parce que nous sommes en période d’examen, mais le mercredi matin, des militaires sont partis arrêter mon frère à l’école », témoigne à IPS, un jeune élève de Lomé qui a requis l’anonymat.

Selon les derniers chiffres du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus de 26.000 réfugiés togolais se trouvent au Bénin et au Ghana, deux pays voisins.

« Le flux de réfugiés du Togo vers les pays voisins, Bénin et Ghana, a ralenti aux points de frontière officielle, mais des groupes de réfugiés ayant traversé la frontière à des points de passage non gardés ont été récemment localisés dans les deux pays, portant le total de réfugiés à 26.084 », a indiqué Ron Redmond, le porte-parole du HCR, lors d’un point de presse à Genève, vendredi.

Le MTDLDH a demandé, dans un communiqué publié vendredi, aux Togolais réfugiés dans les pays voisins de regagner le Togo. « Le MTDLDH lance un appel à tous les compatriotes ayant fui le territoire à cause des violences, à revenir dans leurs foyers respectifs, afin de reprendre leurs activités et de participer à la construction nationale ».

Le mouvement déclare les rassurer qu’aucun climat de terreur ne règne au Togo, contrairement aux rumeurs. « Les activités économiques reprennent leur cours normal et les populations vaquent librement à leurs occupations dans un climat détendu et de quiétude », affirme le MTDLDH.

« Les gens reviennent, mais ils sont arrêtés, c’est pourquoi moi, je demande à mes frères qui sont au Bénin et au Ghana de ne pas rentrer pour le moment », conseille le jeune élève qui a requis l’anonymat.

Inter Press Service (Johannesburg)

16 Mai 2005
Publié sur le web le 16 Mai 2005