03/10/2022

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Togo – Social : Marche le 5 janvier 2006 à l’appel de l’Intersyndicale

Réunis en assemblée générale le mercredi 28 décembre 2005 sur convocation de l’Intersyndicale des travailleurs du Togo (ISTT), regroupant les centrales syndicales : CNTT, CGCT, CSTT, UGSL et UNSIT, les travailleurs présents ont pris la décision d’appeler, le jeudi 5 janvier 2006, à une marche dite « d’avertissement » au gouvernement Gnassingbé-Kodjo. Ils entendent rappeler à ce gouvernement de tenir les promesses faites à son installation : déblocage des avancements, intégration des enseignants auxiliaires, règlement des salaires et pensions, etc, alors qu’il prévoit de dilapider les deniers publics pour célébrer le 13 janvier prochain, la « fête » macabre du 43e anniversaire de l’assassinat par Eyadéma de Sylvanus OLYMPIO, le premier président des togolais.

Déjà, le lundi 7 novembre 2005, l’Intersyndicale avait organisé une conférence de presse au Centre d’éducation ouvrière du Togo (CEOT) au cours de laquelle elle avait lancé un cri d’alarme face à la dégradation des conditions de vie des Togolais. Le non-paiement de leurs salaires depuis fin novembre aggrave encore plus leur sort. Le sentiment de ras-le-bol actuel est venu du fait que, pour l’écrasante majorité des togolais, les fêtes de Noël ont été un cauchemar. En effet, les travailleurs togolais du secteur public avec les enfants, parents et amis dont ils ont la charge ont passé les fêtes de Noël sur fond de misère et de famine, affamés par le gouvernement dont les responsables étaient pour la plupart en villégiature à Paris.
Pour les commerçants qui comptaient également sur les achats de fin d’année pour sauver leurs chiffres d’affaires, ce fut également la bérézina, les marchandises commandées pour les fêtes leur étant restées sur les bras. A titre d’exemple : la Foire commerciale qui se tient traditionnellement devant le supermarché « Goyi Score », non loin du Grand marché d’Adawlato, connut une mévente record au point où bon nombre de commerçants ne s’y sont pas retrouvés après avoir payé les 120 000 F CFA de location d’un stand pour les 15 jours de la quinzaine commerciale.

Ce même gouvernement RPT incapable d’honorer le salaire de ses administrés, dépense des sommes astronomiques pour couvrir les frais occasionnés par les multiples ballades de Faure Gnassingbé aux quatre coins du monde et prévoit de dilapider les deniers publics pour célébrer le 13 janvier prochain, la « fête » macabre du 43e anniversaire de l’assassinat par Eyadéma de Sylvanus OLYMPIO, le premier président des togolais. La junte doit abreuver sa soldatesque.
Cette attitude du gouvernement Gnassingbé- Kodjo relève tout simplement de la pure provocation voire de la recherche de l’épreuve de force ou de la confrontation directe avec le mouvement syndical. Cette logique provocatrice dans laquelle se complaisent la junte militaire et ses alliés se nourrit du sentiment d’impunité qui règne dans les cercles du pouvoir RPT où l’on pense que la population terrorisée et traumatisée par les massacres de milliers d’innocents citoyens togolais, de février à mai 2005 après le coup d’Etat et l’intronisation de Bébé GNASS, ne réagira pas aux coups qui lui seront portés, notamment sur le terrain social.

« Il faut se méfier de l’eau qui dort ! N’est-ce pas la leçon qu’il faut tirer de l’appel de l’Intersyndicale à marcher pacifiquement le jeudi 5 janvier 2006 dans les rues de Lomé pour dénoncer la politique du gouvernement Gnassingbé-Kodjo?

La rédaction letogolais.com

ANNEXE

Extrait de la déclaration liminaire de l’Intersyndicale des travailleurs du Togo (ISTT) qui avait été remise à la presse à l’occasion de la conférence de presse du lundi 7 novembre 2005, et s’indignait déjà de la situation calamiteuse faite aux travailleurs togolais :

« Au Togo, la situation socio-économique est marquée par des signes persistants de dépression sévère. Ce constat, établi depuis plusieurs années déjà, ne s’améliore guère. Le Premier ministre Edem Kodjo, dans sa conférence de presse du 27 octobre dernier, dans le cadre des 100 jours de son gouvernement, l’a confirmé. « Les indicateurs sont au rouge », avait-il déclaré.

1. La situation salariale et le pouvoir d’achat des travailleurs connaissent la même tendance, ne cessant de se dégrader.

Il faut savoir que, selon des sources universitaires, le pouvoir d’achat au Togo a subi pratiquement 200% de perte depuis 25 ans. La dévaluation de 50 % du franc CFA, notamment, intervenue en janvier 1994, sans mesures d’accompagnement, a entraîné un fort renchérissement des prix, érodant sévèrement le pouvoir d’achat des ménagères.

La grille indiciaire date du 1er janvier 1971 ; les salaires sont en fait bloqués depuis 1990 et aucune augmentation conséquente n’est intervenue (celle de 5 % en 1996, insignifiante, n’a évidemment pas eu d’effet réel sur le pouvoir d’achat), alors que le coût de la vie n’a cessé de grimper…
Les primes et allocations familiales ont été établies par le décret 61/27 du 16 mars 1961 !
L’érosion du pouvoir d’achat s’est encore accentuée depuis dix mois sous l’effet de la série de hausses du prix des produits pétroliers qui, à chaque fois, n’ont été accompagnées d’aucune mesure de compensation.
Lorsque la grille indiciaire avait été établie, le pétrole lampant coûtait 10F le litre et l’essence 19F ; le maïs coûtait 25F le bol ; le loyer d’une pièce à Lomé était de 1 500F à Nyékonakpoè et 500F dans les autres quartiers.
Aujourd’hui le litre de pétrole coûte 375 F, c’est-à-dire 10F x 37,5 soit 37,5 fois plus cher ; l’essence à 525F coûte donc 27,63 fois plus cher ; le maïs 450F soit 18 fois plus cher. (…) »

Et l’Intersyndicale de proposer toute une « série de recommandations et d’actions » parmi lesquelles les suivantes :
« – c) transmettre au gouvernement, par un document écrit, l’expression du mécontentement des travailleurs et rencontrer par la suite, au ministère du Commerce, la division de la structure des prix en vue d’une réduction de la TVA au cordon douanier pour une révision à la baisse du prix du carburant à la pompe ;
– d) exiger du gouvernement la révision de la grille indiciaire ;
– e) entreprendre des campagnes de sensibilisation et de mobilisation des travailleurs ;
– f) monter des actions progressives de protestation collective ;
– marches pacifiques ;
– sit-in dans tous les secteurs d’activités, grèves…

La coordination de l’ISTT a pris acte de ces propositions et compris le message de la base qui se résume au proverbe : « Ventre affamé n’a pas d’oreille ! »