26/11/2022

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Togo: Appel à une enquête internationale à Lomé

TOGO Polémique sur le bilan des victimes des violences qui ont entouré l’élection présidentielle

Patrick de Saint-Exupéry

Un mois après la tenue contestée d’un scrutin présidentiel marqué par de nombreuses violences, les organisations internationales de défense des droits de l’homme entendent «briser le silence» pesant sur le Togo. Dans une lettre ouverte adressée au président de la Commission africaine, Alpha Omar Konaré, au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et au Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Louise Arbour, le président de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), Sidiki Kaba, demande que soit mise sur pied de manière «urgente» une «commission d’enquête internationale».

Faisant état de violations «graves et systématiques», le président de la FIDH décrit une situation loin d’être normalisée : «Les témoignages qui continuent d’être recueillis, affirme-t-il, font état d’exécutions sommaires et de disparitions forcées perpétrées en particulier par des éléments des forces armées, avec le concours de miliciens» affiliés à l’ancien parti unique. Cette demande est appuyée par Amnesty International : «Il y a eu beaucoup de morts, affirme Catherine Murcier, responsable Afrique de l’organisation, mais nous sommes dans l’impossibilité de mener de vraies enquêtes. L’accès au Togo est extrêmement res treint.»

Un bilan rendu public voici une semaine par la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH, proche de l’opposition) fait état de 811 morts et 4 345 blessés. C’est une «pure invention et une opération de manipulation», ont répliqué les autorités. Peu après, la MLTDH, une organisation proche du pouvoir, annonçait un contre-bilan de moins de 50 morts, dont plusieurs soldats ou policiers.

C’est pour lever le voile que le président de la FIDH réclame une commission internationale. Relevant «l’impossibilité d’accès aux morgues, la disparition des dossiers médicaux dans les hôpitaux et centres de santé, les chasses à l’homme et l’afflux persistant de réfugiés dans les pays limitrophes», Sidiki Kaba estime qu’il faut «établir les faits et les responsabilités». «L’Afrique, explique-t-il au Figaro, n’est pas hors du monde. Il n’est pas possible d’admettre ce silence coupable autour d’une réalité que tout le monde connaît. Souvenons-nous de l’exemple ivoirien : aussitôt après la répression de mars 2004, les autorités faisaient état d’une dizaine de morts, il y en avait 120 !».

Faure Gnassingbé, fils du général Eyadéma, a été proclamé vainqueur à l’issue d’un scrutin présidentiel à la légitimité contestée. Surnommé «Eyadéma II» par l’opposition, l’héritier – qui bénéficie du soutien du club des chefs d’Etats d’Afrique de l’Ouest – n’est pas encore parvenu à constituer un gouvernement d’union nationale. «Faure Gnassingbé, affirme le président de la FIDH, est l’arbre qui cache la forêt de ceux qui attendent de prendre le pouvoir en Afrique. C’est là tout l’enjeu de la situation togolaise.»

Selon le Haut Commissariat aux réfugiés de l’Onu (UNHCR), plus de 300 Togolais fuiraient chaque jour le pays. Un rythme en augmentation. Ils étaient 33 500 hier à avoir gagné le Bénin voisin contre 32 000 à la veille du week-end. En 1992-1993, plus de 300 000 réfugiés togolais avaient fui le pays à la suite de sévères répressions. Très peu avaient par la suite regagné le Togo. «Compte tenu de l’histoire du pays, le chiffre de 30 000 réfugiés est très conséquent, assure le président de la FIDH. Il témoigne du régime de terreur existant à Lomé.»

Les autorités togolaises ont, pour leur part, annoncé la création d’une commission nationale d’enquête. Pour Pitang Tchalla, le ministre de la Communication du régime, qui a qualifié les autres rapports de «plaisanterie de mauvais goût», cette commission nationale «établira sans complaisance les responsabilités dans ces actes de violence».

LE FIGARO du 25/05/05