28/09/2022

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Togo : Yao Ahadé, le persuasif journaliste ne parlera plus

Le concepteur de « Du Nku », un projet pionnier de sensibilisation pour l’Afrique

Par Ekoué Satchivi

Yao Ahadé, ancien animateur de programmes à la Radiodiffusion du Togo est subitement décédé dans la nuit du 28 au 29 octobre 2006. Un mois à peine, après avoir accepté les fonctions de chef de cabinet du Premier ministre Yawovi Agboyibo, ce conseiller très écouté du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) est emporté par une infection pulmonaire. Grande figure de la presse africaine, Yao Ahadé a beaucoup œuvré pour la cause de son continent. Passionné de journalisme, reconnu pour son professionnalisme; il avait assumé d’importantes fonctions à Nairobi au siège du Centre d’ Etude de la Famille Africaine (CEFA) et à Ouagadougou, celui de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UMEOA).

Yao Ahadé Vergès est docteur en communication. Il a étudié à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille en France. C’est par la radio qu’il s’était lancé dans les années 60 dans le journalisme. La vie du service de la Radiodiffusion du Togo, devenue aujourd’hui Radio-Lomé, fut marquée à cette époque par la contribution de nombreux ‘’ mordus’’ du micro. Yao Ahadé fait partie de la génération de ces animateurs de programmes qui ont laissé de meilleurs souvenirs aux auditeurs les plus avisés par une bonne programmation musicale et des thèmes variés. ‘’Sur les rayons de la discothèque ‘’avec Luc Amoussou ; ‘’Quitte ou Double’’, une émission musicale couplée de jeu questions- réponses, ‘’ Dans le vent’’, autre émission de très grande écoute dédiée aux jeunes et dirigées avec doigté par Léopold Ayivi- Togbassa, futur chef des programmes. L’émission ‘’ Les grands chanteurs noirs’’ était dirigée par Kodjo Gonçalves sous le nom d’antenne Daniel Salem. Pour sa part Yao Ahadé Vergès dirigeait ‘’ Argumentation’’. On ne saurait oublier Félix Aurélien Boccovi ‘’Tonton Félix’’ s’occupant de l’émission enfantine et de ‘’ Sentiers de nuit’’ avec de la musique de tous horizons ; Vincent Hobli Agbodo avec Kaléïdoscope, une émission reprise par la suite par Ziggar Allaga…

Après avoir fait de la radio de proximité, Yao Ahadé Vergès a mené un projet sur la sensibilisation au planning familial. S’étant aperçu que, quelle que se soit la proximité d’une radio locale, les animateurs vivent le plus souvent des réalités différentes de ceux qui les écoutent, l’ancien étudiant à Lille, a mis en exergue dans les années 80, un projet sur les « Du Nku », persuadeurs de village.

Qui sont-ils les « Du Nku » ? Considérés comme un média alternatif, ils transmettent efficacement l’information. En pays ouatchi, région du Sud -Togo, ils sont ‘’l’œil du peuple, autrement celui de la masse. Devenu effectif en 1987, le projet a été mis en place et évalué pendant trois ans dans la préfecture de Yoto par le Centre d’étude de la famille africaine (CEFA) En tant que stratégie alternative de communication, d’information et d’éducation populaire dans les projets de développement national en Afrique, le « Du Nku » reste un intermédiaire efficace de communication avec les populations rurales sur des sujets intéressant les domaines aussi variés que l’éducation, la santé, l’agriculture, l’environnement, l’économie…

En 1991, le projet a été admis au sein des programmes d’enseignement à l’Université de Lomé. Reconnu sous l’appellation générique « d’informateur clé en Afrique », le concept de « Du Nku » a été enseigné par Yao Ahadé, son auteur à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille de 1982 à 1990. De nombreux étudiants soutiennent jusqu’alors des mémoires de maîtrise sur le sujet et des thèses de DEA et de doctorat lui sont aussi consacrés.

Yao Ahadé a travaillé pendant de longues années à Nairobi au Kenya, au siège du CEFA, institution créée en 1975 par la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) et destinée au renforcement des capacités des organisations et des personnes offrant des services de santé et de reproduction. Il fait partie du comité de rédaction de la Revue africaine des médias, la principale revue de communication sur le continent et qui vise la conscientisation des individus sur l’interaction entre les médias, la communication et les processus sociaux en Afrique.

Puis il a travaillé à l’UMEOA à Ouagadougou en qualité de directeur de cabinet du Département de l’Aménagement du Territoire communautaire, des Infrastructures, des Transports et des Télécommunications. L’ancien animateur de programmes à Radio- Lomé, a par ailleurs enseigné l’Afrique, son histoire, son économie et ses problèmes à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Yao Ahadé Vergès a également enseigné la communication à l’Université et à l’Institut régional de l’image et du son (IRIS) de Ouagadougou .L’inventeur de « Du Nku », a mené un farouche combat sur l’importance de l’éthique pour les journalistes africains, des valeurs fondamentales des sociétés traditionnelles.

Yao Ahadé Vergès a discrètement milité au sein du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), ce qui fait de lui un conseiller très écouté de Me Yawovi Agboyibo. A travers sa mort, c’est toute l’Afrique qui perd un journaliste d’exception, une référence en matière de communication.

La rédaction letogolais.com

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[Les Du Nku ou persuadeurs de village, un média alternatif en Afrique->http://www.afrik.com/article2194.html]